Les Suprêmes d’Edward Kesley Moore

lundi 14 avril 2014

Les Suprêmes d’Edward Kesley Moore

Violoncelliste à Chicago, Edward Kesley Moore nous livre un premier roman choral sur l’Amérique ségrégationniste des années 60 aux Etats-Unis d'aujourd’hui par le biais de trois personnages que sont Odette, Clarisse et Barbara Jean. On les appelle Les Suprêmes en référence au groupe mythique des seventies. Nous suivons le parcours de ces trois jeunes femmes à l’amitié indéfectible, reflet des évolutions de cette société.

 

 

 

 

 

 


Situé dans la ville de Plainview dans l’Indiana, on se passionne très rapidement pour le sort de ce trio irrésistible, peinture réaliste et savoureuse d’une Amérique en mutation.
Le QG dominical de ce trio : le restaurant Chez Earl, lieu de toutes les révélations, des confidences et des règlements de comptes. Récit familial et subversif, il fustige tout autant la bigoterie envers la religion que les croyances ésotériques, les frasques de maris volages invétérés que l'arbitraire d’une société raciste et ce, au travers de personnages hauts en couleur.

E.K. Moore nous transporte au coeur des intrigues de cette petite ville mêlant humour féroce, descriptions redoutables et situations souvent loufoques à un rythme alerte avec des personnages au caractère bien trempé et notamment la narratrice, Odette, arrivée au monde d’une façon peu banale puisqu’elle naît dans un sycomore !
Et tout comme sa mère, elle est en relation directe avec les fantômes. Décédée, cette dernière s’impose régulièrement dans ses conversations, affublée du spectre d’Eleanore Roosevelt, signe que quelqu’un est sur le point de trépasser ! Ces apparitions laissant augurer des situations cocasses et jubilatoires. « Eleanor est vraiment casse-pieds ces derniers temps, déclara maman. Je vois mal comment il pourrait en être autrement vu toute la gnôle qu’elle s’enfile. Mais elle a du pif pour deviner qui est sur le point d’y passer ».

Avec subtilité, l’auteur se délecte et nous immisce dans la vie parfois dramatique de personnages victimes d’une violence familiale ou sociale, rattrapée par des dialogues incisifs qui excluent l’apitoiement et tournant en dérision la vanité de certains personnages. Il nous offre ainsi, un festival de situations cocasses hilarantes, ridiculisant les ambitions les plus stupides : « En voyant les demoiselles d’honneur parcourir d’un pas lourd l’allée centrale, Clarisse songea : Je ne suis certainement pas la seule ici à penser à Gorille dans la brume ».

Ce premier roman est une peinture savoureuse d’un microcosme qui met finement en relief les travers de cette Amérique ségrégationniste en utilisant les valeurs de l'humanisme comme meilleurs paravents à cette violence. Délicieusement subversif, il insuffle espoir et énergie à des personnages abîmés mais résilients.
Résolument optimiste, Moore sait manier avec brio l’humour, cette arme redoutable pour nous toucher au cœur. Une fine étude sociologique, qu’il peaufine en travaillant à une suite…

Hassina Mimoune

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