Les lettres, féminines et plurielles

vendredi 29 avril 2011

Paroles d'auteures

Les lettres, féminines et plurielles

Tardivement publiées, les femmes ont conquis à la pointe de la plume un bastion longtemps réservé aux hommes.

En France, seules deux académiciennes ont enfilé l'Habit vert (Marguerite Yourcenar en 1980 et Jacqueline de Romilly en 1988) pour sept cent dix-neuf membres.

Quant au prestigieux Nobel de littérature, sur cent cinq prix attribués, seuls douze ont récompensé l'œuvre littéraire de femmes.

 

 

 

 

De l'écriture militante à l'écriture observatrice, en passant par l'écriture expiatoire ; tour d'horizon chronologique non exhaustif, et forcément partisan, d'une bibliothèque très féminine et plaidoyer de grandes causes.

Envie de laisser une trace, urgence de témoigner… l'écriture est une arme dont les femmes se sont emparé, car comme le dit si joliment le proverbe chinois : La mémoire la plus forte est plus faible que l’encre la plus pâle.

Pionnière, Madame de La Fayette (1634-1693), dont Boileau dira : "(elle) est la femme qui écrit le mieux et qui a le plus d'esprit",  livre avec sa Princesse de Clèves, le premier roman moderne de la littérature française et se fait porte-voix d'une majorité silencieuse – les femmes –, muselée par une intelligentsia masculine. Le tableau qu'elle brosse de la société du XVIe siècle, entre tiraillement amoureux, contradictions et dualité… est une analyse psychologique, d'autant plus intéressante, qu'elle est minutieuse et s'adosse à des personnages historiques. 

Scandaleuse, provocatrice, Amantine Dupin, plus connue sous le  pseudonyme de George Sand (1804–1876), met son écriture au service de l'engagement politique. Militante de la liberté d'expression, ses romans sont de véritables tribunes, tel Mademoiselle La Quintinie, qui dénonce l’Église catholique, qu'elle juge liberticide. 

Mais c'est seulement au siècle dernier, portées par le féminisme, que les femmes conquièrent véritablement l'écriture, dont le "sexe fort" avait fait son pré carré. 

Simone de Beauvoir (1908-1986), auteure engagée, défend le communisme, l'athéisme et l'existentialisme. Le Deuxième Sexe, publié en 1949, dénonce la condition de la femme, défend l'avortement et critique l'institution du mariage. Un discours visionnaire qui fera d'elle la porte-parole naturelle et plébiscitée de la cause féministe. Toujours pionnière, Simone de Beauvoir écrit en 1964, Une mort très douce, véritable plaidoyer en faveur de l'euthanasie et contre l'acharnement thérapeutique. Plus de 30 ans plus tard, la question reste d'actualité.

Autre temps, autre mœurs et écriture plus légère. Françoise Sagan (1935-2004) publie en 1953, alors qu'elle n'a que dix-huit ans, Bonjour Tristesse. Toute une génération s'y reconnait. Pourtant, elle se plait à dire : "Je ne suis le porte-drapeau de personne. Écrire est une entreprise tellement solitaire". Ses romans, plus d'une vingtaine, décrivent la société qui s'épanouit pendant les Trente Glorieuses et sont un arrêt sur image d'une époque éprise de liberté et pétrie d'insouciance.  

Outre-Atlantique, Toni Morrison (née en1931), prix Nobel de littérature en 1993, avec Beloved, qui la fait découvrir en France en 1989, mais aussi The bluest eye (L'Œil le plus bleu), dépeint la misère des Noirs depuis le début du vingtième siècle dans un style métissé : littéraire, argotique et parlé.

Annie Ernaux (née en 1940), auteure engagée, analyse et observe sa propre vie pour en faire des romans-témoignages : ascension sociale de ses parents dans La Place et La Honte, maladie d'Alzheimer de sa mère avec Je ne suis pas sortie de ma nuit ou encore plus récemment Les Années, qui retrace comme autant d'instantanés d'une époque, de son époque, les préoccupations des femmes. 

Quant à Noëlle Chatelet (née en 1944), elle porte sur la femme son regard nourri de philosophie et interroge sur les différentes étapes de la vie : La dame en bleu (prix Anna de Noailles de l'Académie française) sur l'acceptation de la vieillesse, La femme coquelicot véritable hymne à l'amour à tout âge, La petite aux tournesols et ses premiers émois; jusqu'à sa Dernière leçon, magistrale démonstration de courage de sa mère, qui programme son suicide et en informe ses enfants pour qu'ils l'accompagnent dans son projet, devenu une évidence. Le droit à mourir dans la dignité et choisir la date du grand départ… 

Jeanne Benameur (née en 1952), dans une écriture ciselée, raconte la vie d'aujourd'hui et interroge sur l'indifférence urbaine dans Les Mains libres ou l'enjeu de l'accès à l'écriture dans Les Demeurées. Des questions sociétales essentielles, qu'en tant qu'ancienne professeure de français dans un collège, elle a observées et vécues.

Marie NDiaye (née en 1967), prix Femina 2001 pour Rosie Carpe et prix Goncourt 2009 pour Trois femmes puissantes, porte un regard aiguisé sur les laissés pour compte de la société actuelle et rend hommage aux sans voix de l'ombre, qu'elle met dans la lumière. Ses romans, démontrent son engagement, tout comme sa vie et ses prises de position, qui lui vaudront l'ire du ministre de la Culture de l'époque.

L'inventaire pourrait être long de ces femmes qui ont choisi la plume et le style romancé pour nourrir ou ouvrir le débat. 
À suivre....


Agathe Bozon

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