Les enfants de Venise de Luca Di Fulvio [Club des Explorateurs #80]

lundi 17 juillet 2017

éditions Slatkine Et Cie

Les enfants de Venise de Luca Di Fulvio [Club des Explorateurs #80]

Cette semaine Fabienne DEFOSSE et FL Isabelle ont lu Les enfants de Venise de Luca Di Fulvio éditions Slatkine Et Cie

 

L’avis de Fabienne :

Après l'Amérique des années 20 et son envoûtant Le gang des rêves Luca Di Fulvio nous revient avec Les enfants de Venise. C'est donc dans les calle de la Venise de la Renaissance que l'auteur a choisi de répandre son souffle romanesque. Un pavé de 800 pages, totalement prenant !

Les enfants de Venise raconte la survie d'une bande d'orphelins qui ne connaît que la rue, les égouts, la faim, la crasse. Ils s'appellent Mercurio, Benedetta et Zolfio. Le vol est leur seul moyen de subsistance. Les enfants de Venise c'est un roman choral historique, une invitation à plonger dans une Venise très éloignée du romantisme d'aujourd'hui. La Venise du XVIème siècle est empreinte de misère, de violence, d'insécurité.  Il y a les privilégiés et les miséreux, les sans-dents.

Entre ces deux mondes, il y a ceux qui ont été contraints de fuir et qui ont trouvé refuge à Venise. Ils essaient de s'en sortir, ils rêvent à une vie meilleure. Mercurio est de ceux-là. Il est espiègle, intelligent, rusé et débrouillard. Déterminé, il fera tout pour franchir les obstacles et vivre sa passion avec sa bien-aimée.

Les enfants de Venise c'est un mixte entre le Roméo et Juliette de Shakespeare et Les piliers de la terre de Ken Follet. Il y a de l'amour, de l'amitié, des aventures, de l'action, des rebondissements, de la fourberie et de l'humour. Aucun doute, Luca Di Fulvio a le sens du romanesque. Mais au-delà de cette qualité, il est particulièrement bienveillant. Pour preuve, tous ses personnages sont très attachants, profondément humains. En outre et à l'instar de son précédent roman, il s'attache à délivrer un message d'espoir et de confiance. Il nous démontre que la cohabitation entre les différentes religions n'est pas un obstacle infranchissable, mais une des composantes de l'identité de chacun. Il tord le cou au fameux proverbe -que je déteste tant- "les chats ne font pas des chiens". Résolument optimiste, il affirme qu'il n'y a pas de rêve trop grand, qu'il est possible d'évoluer, de s'élever socialement, il suffit de s'en donner les moyens.

Bien que Les enfants de Venise soit un peu en-deçà du Gang des rêves, il n'en demeure pas moins que c'est un bon roman qui embarque le lecteur tel un bon film de cape et d'épée que l'on regardait enfant, des étoiles plein les yeux.

Ne ratez surtout pas le dernier Luca Di Fulvio, c'est 1,110 kg d'aventure !

© Fabienne DEFOSSE

 

L’avis de FL Isabelle :

Que dire après un tel voyage ? Je reviens de Venise les chausses pleines de boue, le nez empli d’odeurs d’algues vertes et d’autres moins ragoutantes au vue du bond dans le temps que Di Fulvio m’a infligé mais c’est la tête pleine de souvenirs que je m’adresse à vous en l’instant. Car ce grand monsieur a cette faculté de, non pas écrire mais animer chaque ligne par son souffle de narration si riche et si pertinent tant et si bien que le film défile.

Le mot est fluide et percutant, le rythme de narration est choisi de telle sorte que jamais le lecteur ne s’abandonne à la rêverie. Bien que la narration historique puisse en effrayer plus d’un, il va de soi que poser les yeux dans un chapitre issue de la main de Di Fulvio, c’est apprendre à aimer le roman historique dans sa grande splendeur, c’est souffler sur le jour qui se lève et avoir pour horizon le monde d’hier et ses coutumes, fidèles jusque dans les odeurs d’époque.

Venons-en donc aux personnages ici présents. Mercurio, Benedetta, Zolfo et Ercole seront nos guides dans la Rome de 1515. Cette Rome où les ordures et les excréments gisent sur le pavé une semaine durant dans l’attente du « char à merde ».

La lecture commence de façon olfactive, une odeur forte, piquante, rance… Une odeur de pauvreté, de misère, de nuits froides, noires et humides, puis lentement s’infiltre l’espoir, la loyauté, la confrérie, l’entraide, et ce questionnement : Quand est née la première roublardise ? ( il en va de ce minoratif, de ce petit mot insignifiant, lorsque l’on parle d’enfants n’est-ce pas?) Sauf que nos loustics à nous ici sont passés maîtres en la matière. Revenons-en à notre question. Quand est née la première roublardise, devrai-je dire escroquerie? Nous ne saurions le dire...sauf après avoir lu Les enfants de Venise Je peux simplement vous dire qu’elle a pris naissance dans la boue, le sang, la merde à ciel ouvert, elle a été réfléchi, calculé, répété, organisé au millimètre près. Un peu comme le récit du Maître. Puis le grain de sable dans l’engrenage, le cailloux dans la chaussure, l’écharde dans le doigt, bref Le Détail que l’on néglige et sa déferlante de conséquences qui nous lie aux personnages durant quelques 800 pages.

Il y sera aussi question d’amour, celui d’une vie, celui qui se retrouve face à l’évidence, celui qui ne laisse aucun choix mais qui vous transporte, vous transforme, vous rend meilleur. Puis la religion ; ah ! dans une Venise sans pitié où les minorités souffrent déjà, où les étoiles jaunes sont nées, où les grandes portes se ferment le soir sur un monde que l’on veut cacher pour que notre Eglise si propre ne se souille pas! Eh bien l’amour y vit mesdames, messieurs, oui oui l’amour y vit et y survit! Et ses murs ne sont que cage à ciel ouvert où nos tourtereaux prennent leur envol vers le pays du plaisir et ce pour notre plus grand plaisir à nous piètres vicieux. Il ne nous laisse pour seul message qu‘en tous lieux, et en tout temps, riches, pauvres, jeunes, vieux, saints, sorciers, peuple du monde, la seule croyance qui mérite d’y laisser notre sang, la seule croyance qui vaille la peine d’y donner notre vie c’est celle du cœur !! Et ce roman a certainement dû être écrit avec le cœur, pour que le mien pèse si lourd à la dernière page tournée.

Me voici donc de retour sur le quai de ma vie moderne et confortable, le cœur lourd et le souffle court. l’envie d’y retourner, de les revoir, tous...encore… On dit souvent que les au-revoir s’accompagnent de larmes rondes, chaudes, et lourdes...mes au-revoir seront légers comme le vent pour que la voile du bateau se gonfle, que la soie de ces dames sèche et que les portes du Nouveau Monde s’ouvrent grandes pour Mr Di Fulvio !!

 © FL Isabelle

 

 

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