Le prix Nobel d'Elena Alexieva

mercredi 22 avril 2015

L'aube commence la nuit

Le prix Nobel d'Elena Alexieva

Eduardo Ghertelsman, auteur chilien prix Nobel de littérature remarqué pour son titre, Sang et aube, est invité en Bulgarie pour parler de son œuvre.

Escorté de son agent littéraire et de son éditrice bulgare il se rend à l'université de Sofia où il est attendu avec ferveur, présenté comme"probablement l'écrivain en vie le plus important de notre époque".

Une définition qui l'irrite, mais Ghertelsman se plie à l'exercice de la conférence, regagne son hôtel et disparaît dans la nuit.
Vanda Belovska est chargée de l'enquête, secondée par son acolyte Yavor Kreustanov.

 

 

 


 
Une galerie de portraits
Au-delà de la trame policière, Le prix Nobel se construit en une succession de portraits qui éloigne parfois de l'enquête pour mieux nous y ramener. La disparition soudaine et sans indice de Ghertelsman oriente les investigations vers ceux qui l'entouraient et cette mystérieuse vieille femme qui a remis une vidéo à la télévision nationale, laquelle montre un homme vêtu des vêtements que portaient Ghertelsman poussé par un de ses ravisseurs qui réclament une rançon, que son agent littéraire veut payer.
Vanda Belovska, un temps reléguée aux affaires des mineurs, est chargée de l'enquête par l'autorité ministérielle. Une étonnante Vanda qui vit chichement avec son iguane Henry et, persuadée que Sang et aube renferme les réponses à son enquête, décide de le lire… sans succès "Le livre lui-même, de toute évidence, voyait en sa personne un lecteur indigne ou insuffisamment préparé, et il l'écrasait de tous les ressorts de son style hermétique et mystérieux."
L'éditrice, singulière personnalité devenue éditrice par le hasard d'un licenciement, vit la disparition de Gerthelsman comme un abandon de plus… après celui de son mari pour une femme plus jeune.
 
Au fil des pages les personnages se révèlent, chacun dans leur complexité et avec leurs failles, paraboles d'un petit pays à l'histoire sombre. Il y a dans l'écriture, très belle et parfois très poétique, un humour sérieux, une autodérision qui éveille chez le lecteur une curiosité pour les personnages, plus que pour l'enquête elle-même, laquelle se dilue parfois... pour mieux rebondir. Avec la découverte du cadavre d'un homme par deux jeunes Tsiganes
 
Il ne fait pas bon être auteur en Bulgarie
Il s'agit d'un autre écrivain, Assene Voïnoc, qui porte les vêtements de Gerthelsman. Un incroyable rebondissement qui mène les enquêteurs à Malinovo, un village fantomatique étiolé, proche de la capitale et dont le maire assume ses fonctions par désespoir. Les Roms y ont élu domicile. De recherche en audition, de témoignage en renseignement se dessine le portrait de la société bulgare, de son héritage historique et de son Système avec en trame de fond les enjeux de la création littéraire.
Le prix Nobel, qui a reçu un très bon accueil de la critique bulgare et des lecteurs, marque l'émergence du roman policier, un genre encore peu répandu en Bulgarie. L'auteure, Elena Alexieva, née en 1975, traductrice de l'anglais et professeure à la Nouvelle université de Bulgarie, s'est fait  remarquer sur la scène littéraire bulgare par deux recueils de poésie, quatre recueils de nouvelles et deux romans.
 
Agathe Bozon
 
Traduit du bulgare par Marie Vrinat.

 

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