Le Mythe de la Grèce blanche de Philippe Jockey

jeudi 18 juillet 2013

Esthétique de la blancheur

Le Mythe de la Grèce blanche de Philippe Jockey

 

Athènes, vers le Ve siècle avant Jésus-Christ : le Parthénon domine fièrement la cité depuis l'Acropole, paré de ses plus belles couleurs.

Le bleu, le rouge, l'ocre dessinent de superbes arabesques sur le fronton. Oui, chez les Grecs, les reliefs des temples, mais aussi des statues de marbre ou des frises sculptées, étaient peints ou dorés par les plus grands artistes.

 

 

 

 

 

Cette polychromie dans l'art antique, redécouverte au XIXe siècle et objet de nombreuses études scientifiques ces dix dernières années, reste pourtant loin de l'imaginaire antique des touristes qui arpentent aujourd'hui les ruines d'Athènes en s'émerveillant de la blancheur immaculée des marbres grecs. Il ne s'agit pourtant pas d'un « oubli » dû à l'usure du temps, mais bien d'une construction culturelle et esthétique, avec des ramifications politiques et sociales insoupçonnées. C'est en tout cas la thèse de Philippe Jockey dans cette ébouriffante déconstruction du Mythe de la Grèce blanche.

Ce professeur d'histoire et de civilisation grecques à l'université de Provence fait ainsi remonter les racines de cette « négation de la polychromie » et « cet impérialisme esthétique du blanc » dès l'empire romain : à l'époque, déjà, les puissants asseyaient une partie de leur pouvoir... sur la réplique en plâtre, blanche donc, de statues grecques. L'arrivée du christianisme va ensuite donner une dimension religieuse au « blanc » immaculé, en opposition à la chatoyance du christianisme byzantin. Mais c'est surtout à la Renaissance que le mythe de l'homme blanc occidental, descendant de l'homme antique, va prendre tout son sens, aussi bien en peinture qu'en sculpture.

Le terreau était alors favorable au développement de théories racistes sur la suprématie du blanc face à la couleur, associée aux barbares : au début du XIXe siècle, la jeune Grèce, sortie du joug de l'empire ottoman, fondera sa renaissance nationale sur le blanc, tandis que les fascistes du XXe siècle (il suffit de voir les constructions mussoliniennes ou le cinéma de Leni Riefenstahl pour s'en convaincre) reprendront à leur compte cette esthétique antique. Une vraie plongée dans un malentendu historique devenu symbole de la domination occidentale.

Le Mythe de la Grèce blanche, Philippe Jockey, Belin, (2013)

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