Le Grand Complot de Laurent Joffrin ...

dimanche 31 mars 2013

...ou La grande aventure du roman historique selon Laurent Joffrin

Le Grand Complot de Laurent Joffrin  ...

Dans Le Grand Complot, Bonaparte rappelle son meilleur policier pour lui demander d’enquêter sur les menaces de complot et d’enlèvement qui l’entourent et que l’Angleterre ourdirait en sous-main. A nouveau, Lachance croise la route du dangereux général chouan Cadoudal. 
Laurent Joffrin n’est pas seulement le patron du Nouvel Observateur, il est aussi essayiste et romancier. Ce passionné d’Histoire révèle une connaissance aigue de la période napoléonienne, dans une intrigue policière menée par son héros récurrent Donatien Lachance, commissaire sous le Directoire, en 1804.


- Pourquoi avez-vous choisi de raconter une histoire policière sous Napoléon ?
Les grands personnages de cette époque ont une vie romanesque, à commencer par Bonaparte, dont on peut découper la vie par périodes de trois mois qui feraient chacune un roman à part entière. Les itinéraires de ces héros, ces traîtres, ces admirables ou ces ambitieux sont météoriques, la plupart d’entre eux ont eu des vies denses et courtes.

- Cette fascination qui est la vôtre, vous l’expliquez comment ?
Nos principes actuels de vie en commun viennent de cette période qui a essayé tous les systèmes. L’époque a fait la promesse de la liberté et de l’égalité. Les XIXe et XXe siècles ont cherché l’application de ces principes qui ont fait naître la France d’aujourd’hui. Le drame de l’Empire est d’avoir cherché un équilibre qu’il n’a jamais trouvé.

- L’Enigme de la rue saint Nicaise en janvier 2011, puis Le Grand Complot qui vient de sortir en ce début 2013 : écrivez-vous une série ?
Oui, cette période de l’histoire est une réserve romanesque inépuisable, je pourrais écrire une trentaine de romans ! Le Grand Complot se situe en 1804, il reste onze ans d’Empire et je n’en suis qu’à deux épisodes.

- Comment parleriez-vous de Donatien  Lachance, votre héros récurrent et l’un des rares personnages fictifs du roman ? 
Lachance prend la place des enquêteurs dans les affaires dont je parle, car ils étaient plusieurs à débusquer les comploteurs. Il fallait que Donatien Lachance soit bien de sa personne. Mais il lui fallait aussi des aspérités, et il en a : il a accompli de basses œuvres durant la Terreur et ce passé le hante. Il est partagé entre son ambition et son adhésion au régime. Il est aussi marié à une femme qui s’appelle Olympe, mais qui est bien plus « robespierriste », plus républicaine qu’Olympe de Gouges dont elle partage le prénom. Je voulais que son épouse soit féministe, qu’elle agisse et ne se contente pas d’être la « femme de ». Son destin devait être autonome pour éviter l’aspect plaqué que revêt souvent l’histoire amoureuse maillée à une intrigue policière.

- Ce commissaire Donatien Lachance est un policier hors-normes. Quel est son statut ?
C’est un adjoint de Fouché qui, lui, a été nommé sous le Directoire, puis écarté pour son caractère intriguant. Malgré tout, on lui doit en quelque sorte la police moderne : les enquêtes scientifiques, la surveillance des citoyens, pour le meilleur et le pire. Fouché est aussi un précurseur du KGB. Dans ce roman, j’ai sciemment exagéré son implication dans l’affaire dont je ne dirai rien, mais cette version est une thèse soutenue par plusieurs historiens.

- Beaucoup de dialogues nous replongent précisément et finement dans l’époque. Quel a été votre travail de romancier sur la langue ?
J’ai beaucoup lu, notamment les Mémoires de chacun de ces grands personnages, et puis L’Histoire du Consulat et de l’Empire de Thiers est sur ma table de chevet. Pour l’écrire, Thiers a rencontré des témoins, consulté des archives et employé la phrase de l’époque. Je me suis imprégné de cette langue plus riche et classique, des mots à la sémantique inusitée aujourd’hui ou tombés en désuétudes. Les tirades de Napoléon me sont tellement familières à force de lectures, que je peux les reconstituer. Quant aux deux discussions gouvernementales qui ont concerné l’arrestation du Général Moreau et la prise du Duc d’Enghien, je les ai reconstituées à partir de dialogues réels transmis par des témoins qui les ont relatés.

- Sans essayer de faire du Grand Complot un roman à clefs, ce qu’il n’est pas, on ne peut s’empêcher de penser que les joutes verbales entre Bonaparte et Donation sont inspirées des rencontres entre le Président Sarkozy et le journaliste que vous êtes. 
Il y a de ça. Bonaparte et Sarkozy ont une psychologie similaire : avancer, agir, être une force qui va, quitte à brutaliser les gens. Mais je n’y ai pas pensé en écrivant.

- Vous écrivez des essais politiques, des romans et des biographies. Quel plaisir et nécessité trouvez vous à l’écriture ?
Raconter une histoire est plus amusant que d’écrire des longs papiers analytiques. Ecrire des romans est devenu ma deuxième vie. Mon plus grand plaisir, c’est quand un lecteur vient me dire qu’il n’a pas pu lâcher le livre.


Propos recueillis par Karine Papillaud

Le Grand Complot, Laurent Joffrin, Robert Laffont,  (2013)

 

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