Le grand boom des mooks

mardi 23 octobre 2012

Reportages XXL

Le grand boom des mooks

Dans le sillage de XXI, qui inaugurait en 2008 un renouveau du grand reportage, privilégiant la qualité du regard, la beauté graphique et l’exigence de la plume, de nombreux « mooks » (contraction entre « magazine » et « books ») prolifèrent désormais en librairie ou en kiosques. Ils se nomment Long Cours, Schnock ou encore Muze… Petit retour sur les raisons d’un succès. 

 
 

Sur ses pages à l’esthétisme soigné, où l’exigence littéraire épouse une qualité graphique impeccable, s’écrivent tous les voyages : des reportages fleuve pour réfléchir, redécouvrir et décrypter le monde. « Afin de penser l’information autrement, je revendique l’œil et la plume d’écrivains, parfois moins formatés que les journalistes » : Tristan Savin, rédacteur en chef, positionne ainsi la singularité du titre Long Cours. Issu de l’écurie L’Express Roularta, cet ouvrage, en vente depuis le 15 août en kiosque et en librairie, est le dernier rejeton de la prolifique famille des « mooks », objets hybrides, à mi-chemin entre magazine et livre (book). Le mot fut à l’origine inventé en 2007, et déposé à l’INPI (Institut national de la propriété industrielle), par Henry Dougier, fondateur de la maison d’édition Autrement, sur cette idée : publier des livres-revues thématiques, illustrés, dotés d’une approche journalistique. En un mot, des « documentaires durables », comme il aime à les définir… Il faudra pourtant attendre l’année suivante, en 2008, pour que le « grand public » s’approprie ce néologisme, avec la sortie remarquée du classieux XXI.

Dès sa création, cette revue, éditée sans publicité par l’éditeur Laurent Beccaria (lire interview) et le grand reporter Patrick de Saint-Exupéry, nage à contre-courant d'un flux d’informations restant « sur l’écume de la vague ». Elle va à l’encontre d’un monde médiatique qui aurait, comme le dénonçait alors l’écrivain Amin Maalouf, pour précepte : « S’émouvoir instantanément de tout pour ne s’occuper durablement de rien »… Au menu de XXI, donc : la consécration (voire la réhabilitation) du grand reportage, des angles de vue inédit, des bandes dessinés frottées au réel, ouvertes sur les problématiques planétaires… Dès le premier numéro, vendu en librairie – 200 pages et 15 euros – le succès est au rendez-vous. Dès lors, XXI, dans la lignée de brillants inspirateurs (Planète, The New Yorker…) ne cesse de paver le chemin d'un journalisme qui prend son temps et d’ouvrir des perspectives sur des sujets laissés à la marge par les autoroutes de l'information.

Mieux, il suscite de nombreux émules ! Des fanas de polar publient Alibi ; des grands groupes médiatiques s’immiscent dans la brèche (Long Cours et We Demain, imaginé par les frères Siegel) ; une radio passe des ondes à l’encre et édite ses émissions (France Culture Papier)… On recense aussi le féminin culturel Muze ;  le politique Charles tendance littéraire ; le mook,pour enfant Bonbek ; sans oublier Feuilleton, qui oscille entre littérature et journalisme, ou encore Schnock, la « revue des vieux de 27 à 87 ans ». 

Peut-on pour autant parler d’une vague « mook » ? Oui, mais il convient de nuancer… Si la plupart de ces titres bénéficient d’un beau succès d’estime, la rentabilité, elle, n’est pas toujours au rendez-vous. En témoignent ainsi la mutation d’Usbek & Rica en magazine, la disparition de Hobo by L’Equipe, revue de photographies de sport, après un seul numéro, ou encore la parution parfois irrégulière de certains. Alors, simple phénomène de mode, ou premiers bourgeons d’un printemps du journalisme ? Laissons l’avenir l’écrire…

Sur le même sujet :
Interview de Laurent Beccaria, co-fondateur de la revue XXI

Interview d'Arnaud Viviant à propos de Charles

 

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