Le Bhoutan, à contre-courant du monde de Jérôme Monod

mardi 19 avril 2011

On a toujours besoin d'un plus petit que soi

Le Bhoutan, à contre-courant du monde de Jérôme Monod

Jérôme Monod, industriel discret et efficace, s'interrogeait sur le Bhoutan, qui malgré sa toute petite superficie, sut résister à ses gigantesques et combatifs voisins et trouver sa place dans certaines institutions internationales : Nations unies, Banque asiatique de développement…

Son carnet de voyage, Bhoutan à contre-courant du monde, nous emmène dans un étonnant périple au pays du BIB : bonheur intérieur brut.

 

 

 

 

 

 

Écrit au fil du voyage, façon "caméra qui tourne", ce récit a la fraîcheur de la spontanéité et la grâce de la poésie, notamment dans les descriptions géographiques.

Surprenant voyage que celui que firent Jérôme Monod et son épouse à la découverte du Bhoutan, séparé du Tibet par les plus hauts sommets de la planète et coincé entre les deux géants que sont la Chine et l'Inde. Partant de Calcutta, remontant le Brahmapoutre, via Darjeeling et pénétrant le petit royaume par Phuntsoling, Jérôme Monod nous invite à la rencontre des Bhoutanais et leur éthique politico-économique à "contre-courant" du monde.

Car le Bhoutan, avec moins de 700 000 habitants (source : Banque mondiale 2009) est à l'origine de la notion de bonheur intérieur brut, reprise par les Prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz et Amartya Sen dans leur rapport de 2009 remis au gouvernement français sur le bien-être des Français et la mesure du bonheur. 

Ce petit royaume adosse son développement à une croissance raisonnable, respectueuse des ressources naturelles et de l'identité culturelle telle que l'observe Jérôme Monod qui décrit "les femmes de l'Assam vêtues à l'indienne : saris de couleurs où dominent le vert, le rouge et le jaune (…) Les Bhoutanais sont généralement revêtus d'une sorte de robe en tissu assez épais de couleur marron, avec de fines rayures verticales.". 

La protection de l'environnement y est essentielle et des villes comme Phuntsoling servent de rempart au pays, le protégeant des pollutions visuelles et chimiques de l'industrie, explique Jérôme Monod "cette ville-frontière assez laide rassemble des usines qui sont interdites dans ce petit pays".

Mais ce petit pays heureux a la vie pourtant rude, "la multitude de gens qui marchent sur de longues distances : un peuple en marche continuelle, cheminant le long des routes, des fleuves, dans les champs, sous la chaleur (…)."  et offre au voyageur des découvertes aussi insolites que contrastées : troupeaux de yacks à 3000 mètres d'altitude, fermes étagées, rizières, vertigineux monastères du Tiger Nest accroché à la paroi, hôtels à la modernité confortable mais sans clinquant.

Le Bhoutan inspire le respect, suscite la réflexion et invite à retrouver le temps de vivre. Jérôme Monod nous donne envie d'y aller pour en revenir changé peut-être, émerveillé sûrement. Une invitation à voyager autrement, pour comprendre ce qui est un élément de réponse au mystère bhoutanais : la douceur et la force réunies.

Jérôme Monod s'interroge : et si nos sociétés occidentales devaient leur salut au précédent roi du Bhoutan, Jime Singye Wangchuk, qui, en 1972, érigeant le bonheur intérieur brut en indice, en fit le fondement de sa politique, aujourd'hui, poursuivie par son fils Jigme Namgyal Wangchuck ?

 

Agathe Bozon

 

Le Bhoutan, à contre-courant du monde, Jérôme Monod, (Ed. l'Archipel), 2011

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