Laisser les cendres s'envoler de Nathalie Rheims

jeudi 18 octobre 2012

Rendez-vous manqué

Laisser les cendres s'envoler de Nathalie Rheims

 

Nathalie Rheims, qui voit le jour le 25 avril 1959 à Neuilly, aurait pu n'être qu'une "descendante de"… C'est que sa généalogie est riche, au propre comme au figuré : fille de l'académicien Maurice Rheims, elle descend également de la famille Rothschild. Mais c'est par ses talents multiples qu'elle s'impose : comédienne, journaliste, productrice et auteure.
Avec son quatorzième roman, Laisser les cendres s'envoler, elle ouvre les portes de sa douloureuse histoire familiale.
 
 
 
 
 
 
 
 
 
"J'ai perdu ma mère. Elle a disparu il y a plus de dix ans. Ma mère est morte, je le sais. Mais, lorsque j'y pense, je ne ressens aucun chagrin, pas la moindre émotion." C'est sur ces premières lignes que s'ouvre ce récit dans lequel la narratrice explique et analyse son insondable chagrin, quand sa mère déserte le foyer familial et l'abandonne pour suivre l'Artiste, son possessif amant aux improbables et gigantesques créations. Elle a tout juste 14 ans. 
 
Dissection de relations familiales qui se construisent entre absences et silences, Nathalie Rheims dresse le tableau de cette famille de la très grande bourgeoisie engoncée dans une éducation où le quant-à-soi passe par le déni des sentiments et des émotions. Un véritable contraste avec l'Artiste, bruyant, capricieux, fantasque et volubile.
 
Nathalie Rheims ne cache pas que ce roman est très largement autobiographique et c'est sans doute ce qui lui donne toute sa force. Dans une écriture simple et dépouillée, vont et viennent grands-parents, oncles et cuisinière, dans un ballet policé par la gentillesse, vertu familiale érigée en principe : "Il y a toujours eu les gentils d'un côté et les méchants de l'autre. Nous faisions partie des gentils. C'est ainsi".
 
Mais sous ce calme apparent, vit et croît une plaie qui cicatrise d'autant moins que l'adolescente devenue femme "prenait conscience qu'entre la gentillesse et la lâcheté se glissait une feuille pas plus épaisse qu'un papier à cigarette."
 
Une douleur qui devient torture quand la fille, qui se prépare au rendez-vous qu'elle attend depuis si longtemps avec sa mère, apprend qu'elle ne viendra pas : "La vieille dame, en allant dans la chambre de ma mère l'avait trouvée morte ans son lit."
 
Entre colère et nostalgie, pudeur et exhibitionnisme cette autopsie  d'une relation mère-fille ne peut laisser indifférent et laisse un goût amer d'inachevé "Elle m'avait donné rendez-vous, puis elle était morte. Je me sentais coupable car elle était morte le jour même où nous devions nous revoir. (…) Je tirai légèrement la couverture, j'aperçus le tailleur bleu nuit de mon enfance, elle l'avait choisi pour partir, partir avec moi, ou partir à jamais. Était-ce la même chose ? Je caressai son visage."
 
 
Agathe Bozon
 
 

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