La vie est brève et le désir sans fin de Patrick Lapeyre

vendredi 05 novembre 2010

La vie est brève et le désir sans fin de Patrick Lapeyre

La vie est merveilleuse et la littérature sans fin, certains livres viennent nous le rappeler, parfois, avec bonheur...

Patrick Lapeyre jouit du privilège de ceux que rien n'oblige sinon le dur bonheur d'écrire et il faut savoir patienter pour le lire.
Six bonnes années lui ont été nécessaires pour ciseler son nouveau roman, à la fois superbe hommage à la littérature amoureuse et vibrante aventure dans les méandres du coeur.
 


Ceux qui ont vibré naguère aux éprouvantes aventures de Manon Lescaut et du malheureux des Grieux, ceux qui continuent de penser qu'avec La princesse de Clèves les Français possèdent un trésor que nul ne devrait mépriser, ceux-là prendront un plaisir particulier à la lecture de La vie est brève et le désir sans fin, comme à l'écoute d'un morceau de musique on reconnaît les mesures d'un autre compositeur de génie, comme à la vue d'un tableau on se souvient d'un paysage bouleversant.
Maître dans l'art de la correspondance, Patrick Lapeyre bâtit ses récits en écho pour nous rappeler que les histoires d'amour ont beau se répéter, elles gardent intactes leur pouvoir de souffrance et de beauté, et que chaque expérience réinvente le mystère qui fait cet amour. 
Le héros du livre Louis Blériot-Ringuet, un nom pour s'élever, fait une brusque rechute amoureuse quand réapparaît la belle et imprévisible Nora Neville qui a plaqué sa vie anglaise (et l'homme qui y évoluait...) pour revenir faire un tour en France, sans plan. Ils ont plus tôt vécu une histoire belle et folle, mais la Belle, un peu folle, avait tout plaqué, laissant sur le carreau son as de cœur ébranlé.
La voilà qui revient et tout recommence, la ferveur et l'attente, les corps emmêlés et disjoints, la disparition et l'angoisse. Notre moderne Manon Lescaut refuse d'abdiquer une liberté dont elle ne sait pourtant que faire, et notre Chevalier, dans la vie un velléitaire traducteur qui a bien du mal à se concentrer et à payer ses dettes, ne peut se résoudre à un nouvel éloignement. C'est l'enjeu romanesque de ce beau livre sinueux : comment remplir le vide que crée l'absence de l'être aimé, comment donner du sens quand on ignore la direction de l'autre ? 
Lapeyre a le génie de l'intériorité et nous dévoile ces univers de sentiments contradictoires, ces fissures qui deviennent des failles, ces élans qui se meurent pour renaître. Livre sur les temps de l'amour, qu'on lit d'un long souffle, La vie est brève et le désir sans fin possède cette qualité d'émotion, ni mièvre ni artificielle, qu'on recherche désespérément dans notre littérature. C'est trop rare pour passer à côté.
 
Karine Papillaud
 
La vie est brève et le désir sans fin, Patrick Lapeyre, (P.O.L.), 2010
David Vincent, libraire au rayon Littérature, librairie Mollat

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