La ruche d'Arthur Loustalot

vendredi 30 août 2013

Serrées à s'en faire mal

La ruche d'Arthur Loustalot

 

Après son premier roman, Nos fils aimés, suivi d'un recueil de cinq nouvelles Là où commence le secret, largement salué par la critique, Arthur Loustalot livre son second roman La ruche.  Un jeune auteur singulier, aux talents pluriels et au style reconnaissable entre tous.

 

 

 

 

 

 

Oppressant hui clos entre une mère et ses trois filles.
Les portes claquent, sans violence, juste parce que c'est comme ça qu'on les ferme pour s'isoler et trouver un peu de paix. Derrière chaque porte, une chambre : celle d'Alice la mère, de Marion, Claire et Louise, ses trois filles. Ses trois filles toujours là, solides et incroyablement mûres pour l'empêcher de vaciller, de sombrer. Car depuis le départ de son mari, Alice s'enlise dans son malheur.

Entre deux claquements de porte, dans cet appartement sombre, si proche de l'immeuble d'en face, et aux murs fins qui n'emprisonnent aucun secret, les filles se réunissent dans la chambre de l'une ou de l'autre, se souviennent de leur vie et constatent : "On ne sait rien de ce qu'on a vécu".

Et la souffrance d'aujourd'hui s'étire en souvenirs proches, parfois lointains, très lointains qui déroulent le film de vies broyées, comme le raconte Marion. "(…) je suis fatiguée, comme morte, et je ne peux plus penser à rien. Je n'ai plus la haine, plus peur – j'ai simplement envie de dormir, longtemps, dans tout ça, presque de mourir – parce que ça me fait vriller la tête et parce que ça ne change rien : elle (la mère) a gâché sa vie et nous a aimées à l'infini".

Parce qu'en dépit de cette douleur qui suinte, l'amour inconditionnel existe entre les filles et leur mère. Sera-t-il suffisant pour la sauver ?

Une construction virtuose, doublée d'un style qui transforme le lecteur en auditeur-spectateur.
Les échanges rapides et brefs, étroitement imbriqués au texte, rendent une photographie sonore contrastée.

Amour fusionnel, colère, déception… l'exploration de la palette des sentiments est d'une infinie richesse, avec des personnages qu'on voit évoluer par d'habiles voyages dans le temps.
Ainsi, dix ans plus tôt, la mère, après avoir fait des crêpes à ses filles "(…) ouvre grand les bras. À gauche la tête de Marion vient se lover et à droite celles de Louise et de Claire. (…) Alice rit : elles sont bonnes, mes crêpes ? Elles se resserrent contre leur mère."… La même qui dira "(…) ce que je vais dire n'est pas beau, j'aimerais que ça ne soit pas vrai mais – vous êtes ce que j'aime le plus mais – je n'ai plus rien et ne suffisez pas. Louise, la bouche ouverte, regarde Alice – Claire murmure : et tout ce qu'on a fait pour toi – au final ce n'est rien dit Alice."

L'analyse des personnages, matures et justes, rend avec subtilité la complexité des sentiments et des caractères. Arthur Loustalot a déjà dû vivre 100 vies, pour montrer autant d'intelligence humaine à 24 ans.

La ruche, Arthur Loustalot, Lattès, (2013)

Agathe Bozon

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