La revue de presse de la rentrée littéraire est arrivée !

lundi 22 août 2016

La revue de presse de la rentrée littéraire est arrivée !

Alors que les Jeux Olympiques s’achèvent, les éditeurs français sont dans les starting block pour la course d’endurance folle de trois mois qu’est la rentrée littéraire. Qui montera sur le podium du Goncourt ?

 

Ils sont 560 concurrents romanciers cette année dont 363 dans la délégation française. Ils étaient 689 l’année dernière. Bel effort donc des éditeurs qui ont réussi à publier 39 romans de moins en se fondant sans doute sur le principe posé par Sophie de Closets, éditrice chez Fayard, dans le dossier consacré aux nouveaux éditeurs dans Télérama : « Si on a pas littéralement mal au ventre à l’idée de ne pas publier, eh bien on ne publie pas.» La même, nous explique cette politique par le changement de contexte du marché de l’édition où la politique de l’offre pléthorique ne semble plus en grâce pour « épouser la vastitude du marché et la curiosité des lecteurs.» Pour vous y retrouver dans toutes ces couvertures blanches, ocre-sépia ou colorées, L’Obs vous propose d’ailleurs un petit guide des éditeurs. De Verticales où son patron Yves Pagès « aime recevoir un manuscrit en se disant «Mais qu’est ce que c’est que ce truc ?»» à P.O.L  qui est réputé ne pas retoucher les manuscrits, en passant par Le Diable Vauvert et ses «romans pour petits malins» ou «la branche BCBG» de Julliard, vous saurez tout sur les 20 maisons d’édition qui font la rentrée, et un peu sur les autres si vous lisez d’autres magazines. L’auteur quant à lui espère, sans illusion,  être au moins reconnu, si ce n’est vendu ce que Basile Panurgias, auteur de Pinkie-Pinkie,  résume dans Transfuge par une formule lapidaire : « Tout le monde vit ça autour de moi. Ca montre les limites de la professionnalisation de l’art. Les artistes aujourd’hui sont la plupart du temps des gigolos entretenus.»

 

Point de vue qu’Annie Ernaux ne semble pas partager. Dans «Elle», l’auteure de Mémoire de fille dialogue avec la primo-romancière fort attendue de cette rentrée Line Papin et répond à la question « Comment bâtir une vie d’écrivaine de nos jours sachant que cela ne suffit généralement pas pour gagner sa vie ? :

- J’ai toujours été professeure de lettres, même quand j’en avais ras le bol ! Ce n’est pas toujours facile de mener deux vies de front mais c’est la garantie de la liberté [...] Peut-être faut-il aussi savoir une dernière chose importante : même en 2016, une femme qui écrit aura toujours moins d’importance qu’un homme qui écrit. Partout. Rien n’a changé. Il faut s’aimer ...Et résister.»

 

François Bégaudeau lui emboite d’ailleurs le pas, dans Transfuge, en faisant l’éloge du dernier roman de Véronique Ovaldé Soyez imprudents les enfants : « Le programme est de s’arracher. Cet arrachement s’appelle l’émancipation. [...] S’arracher, en langue familière, c’est partir. Partir c’est faire mourir un peu la tristesse. Depuis qu’elle s’est mise en branle, la littérature toujours plus ample d’Ovaldé à la bougeotte. [...] Maintenant les femmes mélancoliques n’ont plus d’excuses : des pages entières, blanches, attendent d’être noircies par elles. Qu’elles se déclarent conteuses, qu’elles fassent leur l’existence des autres, et la tristesse sera vaincue.» Vaste programme !

 

 

Programme qu’une femme qui se détache pour le podium du Goncourt d’après Augustin Trappenard réalise : c’est Céline Minard : « Si cela ne tenait qu’à moi, il faudrait récompenser Céline Minard qui rappelle à chacun de ses phrases que la littérature est encore un art. Un art du récit, de la narration, mais aussi un art du langage où se joue l’acte de création.» L’auteur de Faillir être flingué Bastard Battle et cette année  Le Grand Jeu, accorde un entretien à Télérama dans lequel elle décrit sa vision de son métier d’écrivain : « Quand on a envie d’écrire, comment est-il possible de ne pas être curieux de la littérature qui vous a précédé, comme de celle qui vous est contemporaine ? L’épaisseur littéraire qui s’est constituée au fil des siècles est tellement riche. On n’est pas là pour réinventer l’eau tiède.»

 

Alors pourquoi écrit-on ? La réponse de Laurent Gaudé, qui publie Ecoutez nos défaites chez Actes Sud, à Julien Bisson dans Lire est forte de nuances : « Pourquoi se met-on à écrire ? Je crois que l’écriture se situe à un point d’intersection entre le doute et la volonté. C’est, me semble-t-il, quelque chose de commun à tous les écrivains. Et pour ce qui relève de mon propre cas, il y a aussi une espère de friction entre le désir de plonger dans le monde tel qu’il ne va pas, la plupart du temps, et le fait d’être dans la contemplation. C’est une vraie tension, qui provoque parfois une forme de culpabilité. Je suis plein d’admiration pour les gens que j’ai croisés dans les camps de réfugiés ou à Calais, des hommes et des femmes qui sont dans l’action. Moi, j’en suis incapable, et je ne suis pas fier de moi à ce moment-là. Mais cette tension crée alors en moi le désir d’écrire. De mettre des mots sur ce que j’ai vu.»

 

S’il en est une qui invente ardemment et orgueilleusement des mots, c’est Léonora Miano qui signe un des romans-phares de cette rentrée Crépuscule du tourment aux éditions Grasset. L’écrivaine d’origine camerounaise donne une interview teintée d’orage à Transfuge dans laquelle elle décrit sa conception de l’écriture : «Je ne sais pas si vous connaissez les actes psychomagiques d’Alejandro Jodorowsky qui propose aux gens, pour se guérir d’un trauma d’inventer une scène théâtralisée, ritualisée au cours de laquelle on rejoue un élément de sa vie, quitte à le réinventer. C’est ainsi que j’écris, j’attrape un petit bout de mémoire et je l’emmène ailleurs, pour l’interroger ou lui retirer sa force de destruction.»  Entrainée sur le terrain de l’actualité politique, Léonora Miano bouscule les dogmes identitaires autant que la morosité occidentale, sans peur ni reproche : «L’être africain, subsaharien qui va entrer dans le futur est un être transformé, et il faut qu’il fasse la paix avec cette transformation. Il faut qu’il fasse la paix avec le fait qu’une part de lui vienne de ses oppresseurs. C’est avec cela qu’ils sont en lutte, c’est cela qu’ils doivent accepter. L’Afrique s’appelle l’Afrique parce que les Européens l’ont décidé ainsi. Nous sommes des Africains et des Noirs parce que d’autres nous ont définis ainsi. Je comprends la mélancolie, mais je la veux porteuse de créativité.»

 

Finalement l’identité tient à peu de choses. Dans L’Obs, à la question « Qu’est-ce qui rattache Yasmina Reza, née d’un père de Samarcande et d’une mère hongroise à la France ?» son ami Marc Weitzmann répond : «Le Bon Marché !» Cette fine observatrice des mœurs, auteur de la célèbre pièce Art publie Babylone chez Flammarion, roman  si l’on peut dire policier mais surtout chirurgical qui analyse avec la pertinence et l’humour qu’on lui connait une classe moyenne vieillissante.

 

Salman Rushdie, qui publie Deux ans huit mois et vingt-huit nuits chez Actes Sud, refuse lui aussi l’injonction d’identité créée par les autres, comme il le confie aux Inrocks, qui par la voix de Nelly Kaprielian lui demande comment celui-ci vit le fait que sa tête soit mise à prix : « C’est un non-sens ! Chaque année, quelqu’un en rajoute et, cette fois, ça c’est passé lors d’une conférence de journaux d’extrême droite, qui sont en train de sombrer et, de toute façon, n’ont pas d’argent. Le problème, c’est que les journalistes occidentaux prennent ça au sérieux, mais la vérité, c’est que rien ne se passe. Je vis à New York tranquillement depuis l’an 2000 et rien ne m’est arrivé. Sauf que les gens persistent à voir mon travail à travers le prisme de la fatwa. Cela m’enferme. Qu’on me donne le droit d’être juste un écrivain.»

 

 

Pour ne pas se laisser enfermer, Olivier Py qui signe chez Actes Sud un roman dialogué lyrique intitulé Les Parisiens donne dans «Transfuge» le meilleur avertissement aux futures gloires littéraires : «Il faut bien comprendre que le poison parisien quand on commence à le goûter, il n’y a rien de plus délectable.»

 

Enfin, le Magazine Littéraire dans un grand article d’Alexis Broca à propos d’Andreï Makine qui publie L’Archipel d’une autre vie au Seuil, raconte l’anecdote qui permis la publication du premier roman de ce dernier et qui peut donner aux aspirants écrivains des idées : « Au départ, les éditeurs français ne savent que faire de ce Russe qui écrit si bien notre langue. Le subterfuge qu’Andreï Makine met au point pour les séduire appartient à la légende : il s’invente une traductrice (Françoise Bour) et, pour que cela soit complet, un agrégé de russe chargé des révisions (M. Georges Martinovsky, chaudement remercié en exergue de La Fille d’un héros. La ruse fonctionne, et Makine est accepté en écrivain traduit.»

 

 

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