La philosophie, nouvelle tendance du connais-toi toi-même ?

mercredi 09 février 2011

La philosophie, nouvelle tendance du connais-toi toi-même ?


Depuis quelques années, la philosophie connaît le même engouement auprès du grand public que la psychologie au début des années 90 : c’est « tendance ».

Elle a envahi les émissions de télé et de radio et fait régulièrement la une d’hebdomadaires généralistes ou des féminins. Elle a même son propre journal, Philosophie magazine, créé au printemps 2006.

 

 

 

 

 

Les livres de philo cartonnent, les collections pour adulte ou destinées à la jeunesse se multiplient, et le nombre de publications augmente tranquillement mais sûrement : « Trop longtemps, les livres philosophiques étaient destinés à des spécialistes universitaires, avec des sujets souvent abscons et un langage obscur, analyse le philosophe Mathias Leboeuf. On peut trouver aujourd’hui de nombreux  livres clairs qui s’adressent au lecteur non averti et lui permettent de s’initier à la philosophie sans l’en dégoûter.

Les cafés philo, même décriés par certains, et les universités populaires qui fleurissent partout en France ont également contribué à « démocratiser » l’accès à la philosophie qui avait tendance à se refermer sur elle-même et à ne plus se confronter aux « non-philosophes ». Lui-même contribue à cette grande vague de démocratisation, avec Tout ce que je sais c’est que je ne sais rien (Livre de poche), une initiation à la philosophie à travers 32 citations célèbres. Un ouvrage qui a cartonné en grand format et qui continue de séduire un large public en version poche. 


Effet de crise ? 
La rentrée de janvier 2011 accentue la tendance avec la parution de nombreux essais consacrés à des sujets philosophiques : Flammarion réédite Jankélévitch, publie le dernier livre de Slavoj Zizek, Vivre la fin des temps. Sous la bannière de cet éditeur, René Girard continue de creuser sa réflexion de philosophe chrétien dans Sanglantes origines, tandis que son Achever Clausewitz paraît en version revue et augmentée en poche.
De son côté, Nicolas Grimaldi publie à la fois un magnifique Métamorphoses de l’amour (Grasset) plutôt accessible, et un texte plus élitiste, L’Inhumain (PUF). Edgar Morin montre La Voie chez Fayard et Foucault est à l’honneur des Cahiers de l’Herne. Et on verra encore Camus et Cioran reparaître dans les devantures des librairies avant le printemps.
 
Retour aux sources…
Car la philosophie aborde toutes les questions essentielles, celles que se posent les hommes à travers le monde : l'amour, la mort, la liberté, la justice. Actuellement, ce sont les sagesses anciennes, c’est-à-dire les pères fondateurs de la philosophie, qui font un retour en force : Epictète, Socrate, Aristote, Epicure, Plotin, Marc-Aurèle, le stoïcisme, le platonisme, le cynisme, et autres écoles philosophiques jusqu’au tournant marqué par Saint Augustin au IVe siècle.
" Si les sagesses antiques connaissent un engouement particulier, c’est certainement parce qu’elles posent des problèmes concrets, ceux du quotidien, et apportent des réponses pratiques, explique Mathias Leboeuf. Ces théories, comme le stoïcisme ou l’Epicurisme, ne sont pas de vaines spéculations déconnectées du réel, mais au contraire sont destinées à changer la vie". 

… et arrivée de la jeune génération
Curieusement, ce retour aux sagesses anciennes s’accompagne d’un vivifiant renouvellement des générations chez les philosophes contemporains. Le témoin de cet article, le docteur en philosophie Mathias Leboeuf fait partie de la catégorie de ces jeunots de « moins de 45 ans » qui ont décidé de mettre la philosophie à la portée d’un plus grand nombre sans sacrifier à leur matière. Raphaël Enthoven, Alexandre Jollien, Vincent Delecroix, mais aussi Charles Pépin, Vincent Cespédès, Ollivier Pourriol ont, chacun à sa façon, chacun dans son domaine, conquis la reconnaissance du public et des médias.
Enfin, un peu à part dans cette catégorie, le philosophe Frédéric Lenoir, d’abord connu pour son expertise dans le domaine religieux mais qui n’en a pas moins les mêmes bases philosophiques que ses petits camarades. Il ouvre une voie qui concilie la philosophie, la spiritualité et la psychanalyse pour continuer le cheminement que nous menons tous dans la quête de soi. Après la philosophie, voilà peut-être la tendance à venir des années 2010 et des suivantes ?
 
Karine Papillaud
 
Pour approfondir le sujet  :
Une interview de Frédéric Lenoir
Un entretien avec Mathias Leboeuf
La bibliothèque idéale de Raphaël Enthoven
 

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