"La Perle et la Coquille" de Nadia Hashimi

mercredi 29 juillet 2015

Plaidoyer pour les femmes afghanes

"La Perle et la Coquille" de Nadia Hashimi

Après Les Cerfs-volants de Kaboul de Khaled Hosseini, un autre roman brillant nous transporte dans la vie quotidienne au sein de l’Afghanistan moderne : dans La Perle et la Coquille, Nadia Hashimi livre un témoignage aussi précis qu’émouvant sur la condition féminine sous les talibans.

 

Un bouleversement originel

Pendant longtemps, Nadia Hashimi, née et élevée à New York de parents afghans, a eu du mal à réconcilier deux visions : l’Afghanistan moderne des années 60 que lui dépeignait sa famille, et le pays déchiré par la guerre et l’extrémisme religieux d’aujourd’hui. C’est de cette réflexion originelle que lui est venue l’idée de son premier roman, La Perle et la Coquille (The Pearl that Broke Its Shell, dans sa version originale en anglais, parue en 2014) et immédiatement comparée aux ouvrages d’un autre auteur américano-afghan, Khaled Hosseini, l’auteur des Cerfs-volants de Kaboul.


Un roman de femmes, une histoire de générations

Dans La Perle et la Coquille, Nadia Hashimi conte deux histoires en parallèle. Le lecteur suit principalement les mésaventures de la petite Rahima, dans un Kaboul sous la coupe des talibans. Son père est absent ou drogué, elle n’a pas de frères et, dans une ville où chaque femme doit être accompagné par un homme, elle se retrouve coincée au foyer, avec ses sœurs. Pour lui donner une chance de découvrir le monde, sa mère réactive la tradition des "bacha posh" : elle va l’habiller en garçon pour lui permettre d’aller à l’école, sortir dans la rue ou même "escorter" ses sœurs à l’extérieur. Une expérience de la liberté réservée aux hommes qu’elle va devoir abandonner bien trop vite : à la puberté, elle abandonne ses oripeaux de garçon pour redevenir une jeune fille, mariée très vite à un seigneur de la guerre.

Dans le même temps, Nadia Hashimi introduit un second récit, celui de Shekiba, une aïeule de Rahima, qui avait elle-même connu le "bacha posh" à la fin du XIXe siècle – lui permettant d’échapper à sa condition rurale pour se retrouver mêlée à la haute société de Kaboul. Comme une histoire qui bégaie, avec un siècle d’écart, ses propres erreurs et… ses propres ruses.


Tristes réalités afghanes 

Comme chez Khaled Hosseini, mais d’un point de vue évidemment plus féminin, l’Afghanistan décrit par Nadia Hashimi apparaît dans sa réalité crue, à peine troublée par quelques intermèdes poétiques. Cette sensation, on la doit au remarquable travail de documentation de l’auteure, très impliquée dans la communauté afghane de New York, qui n’a cessé d’interroger des exilées, mais aussi les rares députées du parlement de Kaboul luttant pour l’amélioration du droit des femmes. À travers la double fiction de Rahima et de Shekiba, elle concentre des milliers d’histoires qui dessinent un portrait fidèle des maux du pays, de la corruption aux mariages forcés, en passant par la violence et la drogue.

Pourtant, le roman tire également sa force, derrière le sombre tableau de la condition féminine dans le Kaboul d’aujourd'hui, des nuances d’espoir, des forces de résistance et de caractère et des décisions de Rahima (qu’on ne révèlera pas pour ne pas gâcher la lecture), que Nadia Hashimi glissent au fil des pages. Une seule certitude : il faut avoir un cœur bien dur pour ne pas être bouleversé...

 

Damien Cenis

 

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