La madeleine et le savant

vendredi 19 décembre 2014

Proust au service secret de l’esprit

La madeleine et le savant

Chose rare pour un ouvrage scientifique accessible, André Didierjean n’utilise jamais le mot de « vulgarisation » dans « La Madeleine et le Savant ». Le professeur de l’université de Franche-Comté entend faire découvrir aux non-initiés les subtilités de la psychologie cognitive, mais sans jamais travestir la science pure, dont il rapporte ici les expériences et découvertes récentes. Quand d’autres montent sur les épaules de Darwin, André Didierjean rappelle qu’un scientifique peut être également fin lecteur, en faisant le « pari du plaisir proustien ».

 

 

 

 

 

Oui, l’auteur de la « À la recherche du temps perdu », expert en descriptions et romancier des mœurs, faisait de la psychologie cognitive sans le savoir. « Tout comme certains livres sont illustrés par des toiles de maîtres, écrit ainsi André Didierjean, nous proposons de décrire et d’expliquer les comportements humains en offrant au lecteur une plongée dans l’univers de l’un des maîtres de la littérature. » Qu’il traite des mécanismes inconscients d’apprentissage, des expériences de sortie du corps ou forcément des théories actuelles sur la mémoire, l’universitaire convoque l’écrivain, confronte les résultats expérimentaux avec la magie du texte ou s’en sert même comme contre-exemple !

De fait, quand André Didierjean évoque la théorie évolutionniste « en vogue » sur la beauté universelle des visages (« nous jugerions beaux des visages porteurs d’informations sur le fait que la personne est dotée de « bons » gènes et qu’il s’agit alors d’un partenaire de choix pour la reproduction »), il fait appel à cet extrait du « Côté de chez Swann » : « comme Swann qui trouve une ressemblance entre Odette avec la Zéphora de ce Sandro di Mariano auquel on donne plus volontiers son surnom populaire de Botticelli [...] il se félicita que le plaisir qu’il avait à voir Odette trouvât une justification dans sa propre esthétique ». Achevant de justifier sa démarche, il démontre par cet extrait ce qui pourrait différencier l’homme de l'animal : son esprit, tout autant que la culture. 

Timothée Barrière

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