"La Lettre de Queenie" de Rachel Joyce - la chronique #35 du Club des Explorateurs

jeudi 11 juin 2015

"La Lettre de Queenie" de Rachel Joyce - la chronique #35 du Club des Explorateurs

Lancé en janvier 2015, le Club des Explorateurs permet chaque semaine à deux lecteurs de lire en avant-première un même titre que nous avons sélectionné pour eux et de confronter ainsi leur point de vue.

Cette semaine, Millie a choisi Geneviève pour partager sa lecture et son avis sur le livre La lettre de Queenie de Rachel Joyce (XO Editions).

 

L'avis de Millie

Voici l'histoire de Queenie, sexagénaire atteinte d'une tumeur maligne, installée dans un centre de soins palliatifs dans le nord de l'Angleterre. Et voici Harold, retraité du même âge qui, après avoir reçu une lettre de Queenie, se décide à traverser toute l'Angleterre à pied pour retrouver cette dernière. Les deux personnages sont liés par une histoire s'étant déroulée quelques vingt années plus tôt. On découvre très vite qu'à cette époque, quelque chose a mal tourné. Queenie est pleine de remords et, au bord de la fin de sa vie, décide d'écrire une deuxième lettre plus longue à Harold afin de lui raconter toute l'histoire qui a mené à sa fuite. Actes manqués, faux semblants et amours sans retour se croisent ainsi dans la lettre de Queenie. Un enfant aussi. Toute l'histoire passée de Queenie est émaillée de son quotidien dans ce centre de soins palliatifs animé par des sœurs et quelques résidents trublions.

Au bout de quelques pages à peine, je sens déjà mes yeux papillonner. L'histoire de Queenie ressemble à s'y méprendre à nombre de romances éculées aussi bien littéraires que cinématographiques. L'enchaînement des chapitres est hasardeux, on navigue dans son passé, dans son présent et dans son esprit sans structure aucune. Je ne comprends définitivement pas l'apparition soudaine de ce cheval et de ce chien dans ses pensées. À quoi ou à qui font-ils référence ? Que représentent-ils ? Difficile de suivre le récit et parfois, mon attention vacille. Le style de Rachel Joyce est très ordinaire même si à travers son écriture transparaît ce petit quelque chose d'anglo-saxon qui différencie définitivement les auteurs anglais des autres et les embruns de la mer omniprésente. Le point le plus positif réside peut-être dans ce centre de soins palliatifs où les résidents sont hauts en couleurs. Mais au fil des pages, eux-mêmes deviennent trop caricaturaux. Le dernier quart du livre est marqué par une redondance gênante (trois ou quatre fois de suite, les chapitres se terminent de l'exacte même manière), si gênante que l'on se demande si l'auteure ne manquait pas d'imagination.

La trop grande présence de "Je" alourdit la lecture et fait de cette lettre autobiographique un retour plus égocentrique qu'introspectif. Tout cela manque de profondeur. On aimerait faire un tour véritable dans la psyché de Queenie mais tout reste un peu en suspens. Ce "Je" si important dans ce roman perd son intégrité, sa profondeur au détriment d'une histoire. On ne connaît presque rien de Queenie, l'auteure nous montre une femme restée vieille fille, intelligente, amoureuse d'un homme qui ne l'aimait pas (c'est une théorie puisque rien n'est dit dans un sens ou dans l'autre). Tout au long du roman, on attend de comprendre ce qu'elle se reproche tant, ce qui l'a rongé de culpabilité pendant deux décennies même si on pressent déjà que ce ne sera pas aussi grave que ce qu'elle pense car on le découvre rapidement : Queenie a tendance à dramatiser. Queenie est comme son tailleur en laine marron qui la suit dans sa quarantaine : banal, triste et insipide, comme ses bonbons à la menthe maintes fois proposés, prévisible. Peut-être est-ce ce que je peux reprocher à l'auteure. D'avoir construit une histoire sans profondeur, d'avoir voulu traiter de sujets inhérents à notre condition d'être humain sans arriver à en ressortir une philosophie existentielle nécessaire. Tout est teinté de nostalgie, de mélancolie, de grisaille mais rien ne permet de réfléchir réellement aux les sujets abordés : le deuil, la fin de vie, la culpabilité.

Gonflée de bons sentiments, l'histoire est aussi un triste modèle de vacuité puisque je ne peux m'empêcher de me dire à la fin : tout ça pour ça. J'ai peiné à me représenter le centre de soins, les personnages ou ce jardin de bord de mer qui revient sans cesse, pas plus que la brasserie ou ce tailleur en laine marron cité ci-dessus. Je n'ai éprouvé aucune émotion à la lecture de ce roman alors que l'histoire d'Harold et de Queenie aurait dû me faire ressentir un sentiment d'injustice, de frustration, de compassion et d'empathie. Chaque chapitre semble être écrit pour combler le vide de l'attente de Queenie pour Harold. Et que la fin est décevante !

Millie Sydenier

 

L'avis de Geneviève

Queenie Hennessy est tombée secrètement amoureuse il y a une vingtaine d’années d’Harold Fry, un de ses collègues de travail. Aujourd’hui atteinte d’un cancer, elle passe désormais ses jours dans une unité de soins palliatifs. Elle écrit alors à Harold pour lui révéler cet amour gardé secret. Harold décide de se rendre au centre et demande à Queenie de l’attendre…

La lettre de Queenie de Rachel Joyce est, comme le stipule la 4e de couverture, une histoire de destins manqués, tendre et bouleversante. Mais plus qu’une histoire d’amour, c’est une histoire de fin de vie dont il est question. Par chapitres alternés, nous passons du présent au passé, de la Queenie  amoureuse, à celle désormais diminuée. La maladie est partout présente, mais toujours avec discrétion, empathie, et générosité.  

Tous les personnages secondaires du roman, les bénévoles du centre, les religieuses qui y officient, les malades, sont des gens simples, dépourvus d’hypocrisie, souvent cabossés par la vie. L’histoire de Queenie et Harold apporte un dérivatif dans leur vie de douleur et de soins, où l’heure de la "boisson protéinée" ou du choix du parfum est vécue comme une fête.  

Ce roman ne présente pas les qualités d’expression, d’originalité et de puissance que j’attends habituellement d’un "best-seller". Rachel Joyce, elle, utilise un vocabulaire simple. Son écriture est sobre. Son phrasé est parfois très lent et les constructions sont courtes. Et c’est justement pour toutes ces particularités que j’ai aimé ce livre. Et j’ai surtout retenu l’intérêt porté aux personnages, la grande tendresse éprouvée pour eux, l’amour dont ils sont entourés.  

J’ai lu ce livre non pas comme une œuvre littéraire, mais comme une jolie fable réconfortante, remplie d’empathie et d’humanité. Je le recommande à ceux qui, comme moi, ont parfois besoin de trouver dans une lecture autre chose que la perfection.

Geneviève Munier

 

Merci à Millie et Geneviève pour ces chroniques passionnantes !

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