"La dernière page" de Gazmend Kapllani - la chronique #30 du Club des Explorateurs

jeudi 21 mai 2015

"La dernière page" de Gazmend Kapllani - la chronique #30 du Club des Explorateurs

Lancé en janvier 2015, le Club des Explorateurs permet chaque semaine à deux lecteurs de lire en avant-première un même titre que nous avons sélectionné pour eux et de confronter ainsi leur point de vue.

Cette semaine, Nathalie a choisi Laetitia pour partager sa lecture et son avis sur le livre La dernière page de Gazmend Kapllani (Intervalles).

 

L'avis de Nathalie

Un grand merci à Lecteurs.com et à son Club des Explorateurs qui porte très bien son nom car il m'a permis de faire de belles découvertes. Celle d'une maison d'éditions, "Intervalles", celle d'un auteur grec, journaliste, Gazmend Kapllani, mais aussi la découverte d'un pan de notre histoire et d'un pays méconnu pour moi : l'Albanie.

Ce n'est certes pas un voyage joyeux auquel je vous convie, mais un voyage intéressant, riche, empreint de détermination et d'humanité.

Melsi est journaliste, écrivain albanais vivant en Grèce depuis vingt ans. Nous sommes en 2011 et il rentre à Tirana car son père vient de mourir lors d'un voyage à Shanghai.

Mais que faisait-il à Shanghai ? Le temps des démarches de rapatriement qui dureront vingt-deux jours, Melsi se retrouve dans l'appartement de son père qu'il avait quitté il y a si longtemps. Mais qui était réellement son père ? C'était un amoureux des livres et des langues. Par le passé, il fut responsable de la section des livres interdits à la bibliothèque de Tirana. La littérature, ce qui les réunissait en somme.

Melsi trouve un cahier marron et en commence la lecture, il pense à un roman écrit par son père et très vite il a un choc, une révélation, il comprend que c'est son histoire, celle de la vie de son père.  Et petit à petit tout s'éclaire. Il comprendra quelle fut réellement la vie de son père.

J'ai aimé, grâce à ce roman, découvrir l'histoire d'un pays que je ne connaissais pas : l'Albanie. Il m'a donné envie de me documenter et d'en savoir plus sur ce peuple dominé tour à tour par l'empire ottoman, les beys, ensuite les soldats de Mussolini, les Allemands et la longue période de domination du communisme et de son leader Enver Hodja.

J'ai découvert le calvaire et les renoncements de ce peuple. Ce roman est pessimiste et noir mais lucide, sa lecture m'a un peu fait penser à Purge de Sofi Oksanen et la peur du peuple estonien.

On y ressent les craintes des gens, l'emprise du régime, le manque de liberté. Ce roman nous parle également du sort des Juifs de Thessalonique, de son massacre en 1939 et de la fuite de nombreux Juifs grecs devenant des "crypto-juifs", un peuple qui renonce à sa religion, son identité pour vivre enfin (il garde une adhérence secrète au judaïsme ou est descendant juif et manifeste une autre foi).

C'est un livre sur le renoncement, sur la détermination de l'Homme, pour trouver une apparente liberté et vivre tout simplement, ce grâce aux livres et aux langues. Un récit qui montre comment l'homme peut se construire une identité au-delà des frontières et de ses convictions. J'ai aimé l'histoire avec un petit et un grand H dans ce récit. Ce témoignage paternel qui dévoilera le passé, les racines de Melsi et lui rendra une pleine identité.

Ce petit roman de 160 pages est très dense et m'a donné envie de me documenter sur le sujet. La plume incisive, directe, tout en nuances de Gazmend Kapllani m'a captivée. Le style de l'auteur m'a propulsée dans une lecture rapide remplie d'humanité.

Une très belle découverte que je vous invite à faire au plus vite. Merci encore pour cette lecture qui sort des sentiers battus.

Nathalie Vanhauwaert

 

L'avis de Laetitia

En lisant la quatrième de couverture, je me suis dit que ce roman allait être assez pessimiste, mais à la lecture du titre, mon côté positif m’a fait imaginer que les protagonistes devaient terminer quelque chose pour continuer à vivre, et la lecture de ce roman ne m’a pas déçu.

Melsi le journaliste, écrivain vivant en Grèce depuis 20 ans, doit retourner dans son pays natal, l’Albanie, parce que son père vient de mourir. Cela ne l’enchante guère car ses problèmes personnels et son dégoût pour son pays d’origine le rend aigri. La découverte d’un cahier marron va bouleverser son retour.

La Dernière Page est un livre acrimonieux, lucide et profond. Les passages évoquant le passé m’ont donné une autre vision de la seconde Guerre Mondiale, de la cruauté de l’homme vis-à-vis des ses semblables, mais aussi de l’après-guerre avec la montée du communisme, la mise en place d’une dictature qui a isolé le pays et toutes les dérives comme la suspicion, la lenteur de l’administration, la corruption. A la lecture de ces passages, je comprends mieux l’état d’esprit de Melsi, son envie de fuir son pays.

J’ai aimé comment l’auteur a su mettre en parallèle deux histoires à deux périodes différentes, comment chaque protagoniste dans son récit respectif cherche à fuir ses origines alors qu’elles finissent par le rattraper.

Ce livre m’a confirmé que la liberté est très fragile et la folie d’un seul homme peut aussi très vite tout annuler.

Malgré le côté sombre de l’histoire, j’y vois une envie de changement, de l’amour, du pardon, du renouveau. Je trouve important de finir par une note optimiste, car malgré tout, la vie est faite de moments agréables, et ce roman donne de l’espoir pour l’avenir si on trouve « la dernière page ».

Je remercie lecteurs.com, Karine et Camille pour m’avoir permis de découvrir cet auteur et j’ai hâte de découvrir ses autres romans.

Laetitia Lochard

 

Merci à Nathalie et Laetitia pour ces chroniques passionnantes !

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