La #Critique Pour/Contre des Explorateurs : "La dernière nuit du Raïs" de Yasmina Khadra

vendredi 18 septembre 2015

La #Critique Pour/Contre des Explorateurs :  "La dernière nuit du Raïs" de Yasmina Khadra

#RentréeLittéraire2015 C'est aussi le clash chez les Explorateurs...

Ils ne sont pas d’accord, mais pas d’accord du tout sur certains romans de notre sélection, ils le font savoir, ils vous le disent, et ils ont des arguments.

 

Découvrez les critiques Pour/Contre de So So et Christophe Robert pour "La dernière nuit du Raïs" de Yasmina Khadra (Julliard)

 

Kadhafi est-il un sujet romanesque ?

Pour Yasmina Khadra, oui, et il le prouve en se mettant directement dans la peau du dictateur. C’est troublant, et nos lecteurs n’ont pas manqué de réagir.

 

 

Pour :

Un roman de Yasmina Khadra, pour moi c'est comme un cadeau de Noël avant l'heure.
Un cadeau que je vais déballer en prenant mon temps, pour mieux le savourer.

Donc j'avoue partir avec un a priori positif, mais avec de grandes attentes. Il n'avait pas intérêt à me décevoir !

Dans "La Dernière Nuit du Raïs", l'auteur s'est mis dans la peau et surtout dans la tête de Mouammar Khadafi, juste avant sa chute.

Le Raïs est (presque) seul, abandonné de ses fidèles. Une poignée d'irréductibles est encore à ses côtés. Ce sont ses dernières heures et le moment de l'introspection.
Pas celles des remords, non. Quand on est le chef suprême d'une nation, un dictateur mégalomane, on ne se remet pas en question.
Un tyran, certes, car investi d'une mission, il ne laisse rien ni personne se mettre en travers de son chemin. La cruauté faisant partie inhérente de la "fonction" de Dictateur.
Mais aussi un homme avec ses failles, ses faiblesses  (les femmes, la drogue, la Voix).

La plume de Yasmina Khadra nous plonge littéralement dans la tête et dans l'âme du Raïs. Sa peur, sa folie, ses angoisses, ses colères, sa rage, son absolue certitude d'avoir œuvré pour le bien de sa nation, de ses enfants.
Son incompréhension aussi, face à la révolte de son peuple, ce peuple qu'il a voulu sauver mais avec la répression et la violence comme seules armes.

Ce roman aurait pu n'être qu'à charge en accablant le Guide déchu de tous les maux. Mais ce qui rend la lecture passionnante, c'est aussi la nuance apportée par l'auteur à travers les failles et les faiblesses du personnages.

Une lecture passionnante qu'il est impossible de lâcher avant la dernière page

(c) So So

 

Contre :

Avec son nouveau roman, Yasmina khadra nous plonge au coeur des dernières 24 heures de Mouammar Kadhafi (le Rais, en sa qualité de chef politique).

L'auteur, dans un style impeccable (trop lisse peut être), utilise la forme narrative à la première personne. Ce journal intime, voyage intérieur, est écrit avec justesse et sobriété. L'usage du "je", nous implique, en tant que lecteur, car il nous enferme dans la tête du chef d'état, nous plonge dans l'eau trouble de ses pensées quelques heures avant la mort, nous livre l'intime de ses secrets. Toute la force du roman se résume malheureusement à ça, avec talent certes, mais avec un tel détachement que l'histoire se lit sans réel plaisir.

S'agissant d'un personnage historique complexe et controversé, l'auteur reste neutre, créant ainsi une distance qui ne laisse place à aucune émotion (bonne ou mauvaise, peu importe).

L'usage de l'introspection peut être intéressant si cela permet de toucher le lecteur, de le rendre complice ou familier, voir à éprouver un sentiment de rejet. Mais dans ce court roman, rien de tout cela. La personnalité même de Mouammar Kadhafi, qui pourrait rapidement conduire à polémique, n'a sans doute pas permis à l'auteur, en l'absence de véritable recul historique, d'explorer complètement son idée.

L'an passé, de façon magistrale, Clara Dupont-Monod, dans son roman sur Aliénor d'Aquitaine "Le roi disait que j'étais diable", parvenait, en utilisant également le "je", à nous toucher. La voix d'Aliénor résonnait, vibrait et sensibilisait le lecteur. Cette année, Yasmina Khadra ne parvient pas à convaincre, en "forçant" le lecteur à partager l'intime, sans aucune sensibilité.

A sujet brulant, roman froid, dommage

(c) Christophe ROBERT

 

Sur la fiche du livre, retrouvez tous les avis de nos Explorateurs et des lecteurs, et notamment les avis de Chantal LAFON et Sara Dupouy

 

A suivre prochainement d'autres Pour/Contre d'Explorateurs sur la rentrée littéraire et très bientôt le palmarès des Explorateurs.

 

Pour aller plus loin :

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