La chronique #15 du Club des Explorateurs : "Eden Utopie" de Fabrice Humbert

jeudi 26 mars 2015

La chronique #15 du Club des Explorateurs : "Eden Utopie" de Fabrice Humbert

Lancé en janvier 2015, le Club des Explorateurs permet chaque semaine à deux lecteurs de lire en avant-première un même titre que nous avons sélectionné pour eux et de confronter ainsi leur point de vue.

Cette semaine, Isabelle a choisi Sylvie pour partager sa lecture et son avis sur le livre Eden Utopie de Fabrice Humbert (Gallimard).

 

L'avis d'Isabelle

Je connaissais Fabrice Humbert pour avoir lu et apprécié deux de ses romans : La fortune de Sila et Avant la chute. C’est donc avec une grande impatience que j’attendais son nouvel opus.

Malheureusement, je n’ai pas vraiment réussi à adhérer à cette histoire très personnelle ou l’auteur à travers sa famille maternelle retrace l’évolution d’une société en éternelle quête de satisfaction professionnelle et de bonheur personnel.

Je dois avouer qu’étant très peu attirée par les récits autobiographiques, j’ai eu du mal à suivre les différents membres de la famille de l’auteur.

Le fait de devoir consulter en permanence l’arbre généalogique a de plus perturbé ma lecture.

L’écriture de Fabrice Humbert est comme toujours soignée et je lui resterai fidèle pour ces prochains romans, bien que celui-ci fût pour moi un rendez-vous raté.

Je remercie Lecteurs.com de m’avoir offert ce livre dans le cadre du « Club des Explorateurs ».

Isabelle Purally-Boissel

 

L'avis de Sylvie

« Par une sorte de déformation professionnelle, je ne crois pas aux apparences. »

Fabrice Humbert a de tout temps été fasciné par la lecture des Rougon-Macquart, de Zola, et particulièrement par L’Assommoir, se reprochant même une sentimentalité qu’il trouve gênante envers Gervaise. C’est qu’elle lui évoque sa grand-mère Madeleine, et l’ensemble de sa famille lui semble se couler dans quelques caractéristiques de ces deux branches opposées. Les Meslé-Coutris ont certes connu une vie dotée d’une ampleur épique moindre, mais leur traversée du XX° siècle n’en est pas banale pour autant, et la retracer présente un intérêt certain pour le lecteur. De la création d’une fraternité communautaire au lendemain de la deuxième guerre mondiale, aux contours du protestantisme, en passant par la politique, l’ultra gauche, Action Directe, le haut patronat ou les mondanités de Ramatuelle/St Tropez, Fabrice Humbert enquête, écoute, esquisse des portraits, se remémore des anecdotes personnelles (très tendres mercredis après-midi avec sa grand-mère) et tente de considérer avec recul son propre cheminement dans cette grande famille. « Un épisode stupéfiant. Ma mère, m’emmenant faire une promenade en hiver, dans l’air glacé et gris, me voit les doigts gelés et m’entraîne dans la première boutique, un de ces magasins de gros qu’on trouvait rue Michel-le-Comte, pour m’acheter des gants. Je suis absolument éberlué par cette facilité : j’ai froid et ma mère m’offre aussitôt des gants. Il me semble n’avoir jamais connu dans ma vie l’impression d’un luxe aussi immédiat, évident. Cette promenade avec ma mère est une des grandes joies de mon enfance. »

Parce que je suis de la même génération, j’ai été touchée par l’évocation des années 70 : Rahan, les pois sauteurs du Mexique de Pif Gadget, les photos de classe de CM2 où la notion de marque n’existe tout simplement pas pour les vêtements, et d’une manière générale l’air du temps de chaque période est finement rendu. C’était d’ailleurs là une de ses inquiétudes, tant la façon dont la société dans son ensemble considère certains évènements, se modifie profondément avec le temps. « Qu’est-ce qu’un milieu social ? Une pénétration irrésistible de l’être par mille détails, mille conceptions du monde, mille pressions inconscientes qui nourrissent, forment, sanglent, enserrent, étranglent, pour le meilleur et pour le pire. »

D’abord envisagé comme une fiction, son livre a dû se dépouiller du romanesque pour qu’il puisse avancer, mais son angle est incertain, la plume semble en permanence tentée de raconter autrement, les protagonistes paraissent demander à devenir des personnages, et pour finir je ne suis pas parvenue complètement à comprendre l’intention. Une lecture en demi-teinte.

Sylvie Sagnes

 

Merci à Isabelle et Sylvie pour ces chroniques passionnantes !

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