La cage dorée

vendredi 11 mars 2011

Seule une femme… seules deux femmes

La cage dorée

 

Avocate et première femme juge en Iran en 1979, Shirin Ebadi est obligée de quitter ses fonctions après l'arrivée au pouvoir de Khomeiny.

Elle décide alors de combattre le régime, ce qui lui vaut en juin 2000 d'être emprisonnée en isolement total et une condamnation à 15 mois de prison avec sursis, assortie de 5 ans d'interdiction d'exercer son métier d'avocate.

Le 10 octobre 2003, elle reçoit le Prix Nobel de la paix.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
Depuis la très controversée réélection de Mahmoud Ahmadinejad en 2009, elle poursuit son combat et la résistance depuis Londres où elle est exilée.
À travers l'amitié de deux petites filles, Shirin et Pari, qui deviennent femmes, jaillit l'histoire iranienne des trente dernières années. Ces deux enfants élevés sous le régime du Shah verront naître la révolution islamique iranienne et leur famille se disloquer au rythme des engagements des frères. Car Pari a trois frères qui choisiront chacun des voies "ennemies", des routes qui jamais ne pourront plus se croiser. Abas, fidèle au Shah et général fuira son pays pour se réfugier aux États-Unis avec femme et enfants.
Javad, communiste, dont on découvre le secret du malheureux mariage, emprisonné et honni par le troisième frère, finira exécuté par la République islamique qui n'a plus que faire des communistes. Quant à Ali, soutien de la première heure de l'ayatollah Khomeiny, héros de la guerre contre l'Irak, contraint à l'exil à Paris, il finira froidement assassiné par un bras armé d'Ahmadinejad dans la modeste chambre qu'il louait sous un nom d'emprunt.
Au fil des pages et des années sombres de l'Iran, alors que le mur du salon de l'appartement familial s'orne des portraits des disparus, l'auteure nous raconte avec émotion et force les insoupçonnables "arrangements" d'un régime corrompu, violent, injuste et intolérant. Il y a pourtant dans ce roman une force inouïe, incarnée par Pari et Shirin, devenues l'une médecin l'autre avocate, et qui conservent l'une pour l'autre une inébranlable confiance et foi. Ces amies qui se retrouvent par delà des années de silence et les frontières, alors que leurs réunions familiales ne sont plus que souvenirs pavés de deuils.
Entre l'effroi et la révolte, poignent des moments d'émotion. Quand Shirin redevient avocate et confie : "J'avais désormais un objectif concret : servir d'exemple à mes enfants, et surtout m'employer à faire en sorte que leur Iran soit meilleur que le mien". Quand ravagée de douleur à la mort de son père qui lui avait enseigné la justice et l'égalité, une vieille tante la sermonne : "Les êtres humains se divisent en deux catégories. Ceux qui ont déjà perdu leur père et ceux qui vont le perdre de toute façon. (…) mais la vérité, c'est qu'il n'y a pas de différence entre les deux. Alors arrête de souffrir et tâche d'accepter les choses comme elles sont."
Mais ni Shirin, ni Pari n'accepteront, ce récit rapporte leur combat, et à travers lui, celui de milliers d'iraniennes et d'iraniens. 
Shirin Ebadi nous fait vivre le drame de cette famille au destin broyé par l'histoire dans un style élégant et fier, vacillant parfois dans une écriture nerveuse, dictée par l'urgence, qui élude les verbes. "On distinguait sous son foulard ses cheveux blancs et rares. Soixante-dix ans, peut-être." "Ils allaient frapper. Tout autour, rien que le silence et l’odeur compacte de notre peur". Pour partie autobiographique, ce récit mêle roman et réalité vécue… offrant ainsi une narration dominée par un  réel qui surpasse l'imagination.
 
Agathe Bozon
 
La cage dorée, Shirin Ebadi, ed. L'Archipel, (2010)

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