La bibliothèque idéale de Raphaël Enthoven

mercredi 09 février 2011

La bibliothèque idéale de Raphaël Enthoven


Raphaël Enthoven est agrégé de philosophie, conseiller de la rédaction de Philosophie magazine et producteur des Nouveaux Chemins de la connaissance, une émission quotidienne diffusée sur France Culture.

Il est l’auteur d’Un jeu d’enfant : la philosophie, L’Endroit du décor, un recueil de ses textes parus dans Philosophie magazine, ou encore de L’Absurde et de Barthes parus chez Fayard en 2010. A paraître en mars 2011, Le philosophe de service et autres textes (Gallimard).



 
Le début de Sodome et Gomorrhe de Marcel Proust : la première rencontre entre Charlus et Jupien, où les deux se reconnaissent sans pourtant se connaître. Un texte sublime, qui dit ce qu'est un coup de foudre quand on le regarde sans le vivre.  
L'appendice de la première partie de l'Ethique de Spinoza : un texte limpide, qui montre comment nous avons construit des valeurs absolues pour tolérer de vivre dans un monde insensé, et comment prendre la réalité pour son désir, et non plus l'inverse. 
La casquette de Charles Bovary (premier chapitre) : plus Flaubert la décrit, moins on la voit. Ce faisant, Flaubert donne à penser ce qu'est la matière verbale et l'impuissance des mots à saisir le réel dont ils sont l'écho... 
Le chapitre 6 du Rouge et le Noir : la première rencontre Julien Sorel / Madame de Rénal. Un autre coup de foudre, que dissimule provisoirement la stupéfaction de Louise face à celui qu'elle imaginait comme un prêtre acariâtre et qui lui découvre, sous des larmes effacées à la hâte, le visage d'un ange. 
Le paragraphe 341 du Gai Savoir de Nietzsche, intitulé "du poids le plus lourd" : c'est la formulation la plus aboutie de ce que Nietzsche appelle la doctrine de l'éternel retour, dans laquelle il ne faut pas lire que le monde revient à l'infini (Nietzsche n'en sait rien, nous non plus), mais qu'il convient d'aimer la vie au point d'en désirer le retour éternel, d'être si gai qu'on parvienne "à ne pas chasser nos idées noires". 
La naissance d'Eros dans Le Banquet de Platon : Amour est présenté par Diotime de Mantinée comme le fils d'abondance et de pénurie, autrement dit comme un bâtard, un va-nu-pieds que comble paradoxalement la perspective d'étancher un jour la soif qui le démange. De là sont nés le mythe de l'âme sœur et l'idée que la philosophie ("amour de la sagesse") est un amour fou. 
Le "bifteck-frites" dans les Mythologies de Roland Barthes : la plus drôle, peut-être des Mythologies de Barthes, exemplaire en tout cas d'une démarche qui déconstruit nos mythes modernes tout en restituant leur saveur. 
Le chapitre d'Aurélien d'Aragon qui se termine par "ce n'est pas l'oiseau qui est pris, mais l'oiseleur", où Aurélien découvre qu'il aime passionnément Bérénice, et pressent qu'un tel amour est impossible. 
Le portrait de Ménalque dans Les Caractères de La Bruyère : l'étonnante description d'un homme qui pousse la distraction au point de s'oublier lui-même. 
Le texte de Jankélévitch extrait de Quelque part dans l'Inachevé où le philosophe déclare qu'on ne se prépare pas à mourir, que "ce que la mort exige, c'est une préparation sans préparatifs..."
 
Karine Papillaud
 

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