La ballade d'Ali Baba de Catherine Mavrikakis

vendredi 03 octobre 2014

Un père si étrange

La ballade d'Ali Baba de Catherine Mavrikakis

Née le 7 janvier 1961, à Chicago, d'un père grec et d'une mère française, Catherine Mavrikakis est professeure de littérature à l'université de Montréal, depuis juin 2003. Elle a travaillé sur la filiation, le deuil et la maladie dans l'histoire moderne. Des travaux qui ont sans doute alimenté son dernier roman, La ballade d'Ali Baba, qui met en scène un père disparu.

 

 

 

 


Ce court roman, hommage au père disparu, est un récit mosaïque dont chaque morceau est un tout et une bribe d’un grand tout.
Ici point de linéarité chronologique, au fil des souvenirs se construisent l’histoire d’une relation filiale et le portrait d’un père fantasque. Érina raconte Vassili Papadopoulos, son père qui les emmenait à Key West au volant de sa Buick Wildcat turquoise pour fêter l'avènement de l'année 1969 : « Mon père effectuait le trajet Montréal-Key West en à peine deux jours. Ses filles devaient suivre son rythme effréné. Le motel était réservé pour le 31 décembre. La nouvelle année nous appartiendrait.». Érina porte un regard de petite fille sur ce père qui tient sa promesse et qui « amène ses gamines en voiture dans le Sud découvrir l’océan durant les vacances d’hiver. »

Mais Érina grandit et n'est plus cette petite fille porte-bonheur qui se tient bien sagement autour des tables de jeu, "J'étais là pour porter bonheur à mon père. C'était la raison qu'il avait trouvée pour m'amener avec lui à Las Vegas et qu'il avait donnée à ma mère pour la convaincre de me laisser partir sans mes sœurs".

Et un jour froid de février 2013, devenue auteure reconnue et spécialiste de Shakespeare, elle remarque la silhouette d'un homme chahuté par les bourrasques de vent et de neige. Une silhouette qui lui semble familière et lui rappelle son père disparu neuf mois plus tôt. Car "les vieillards se ressemblent dans l'extrême faiblesse qui est la leur et qui dépasse la singularité de leurs traits et de leur morphologie". Ce jour là, Irina retrouve son père, qui en guise de salut l'invective. Tout commence et Irina, reprend le chemin de Key West, le 31 décembre 2013, quarante-cinq ans plus tard : "Quarante-cinq années bien méchantes se dressent entre ces temps de bonheur et un présent rabougri qui a fini par me rendre insignifiante. Tu es à mes côtés…".

Merveilleuse surprise littéraire que ce roman à l'écriture raffinée, qui raconte avec délicatesse  et pudeur des sentiments d'une extrême puissance. La peinture d'un personnage protéiforme, complexe et attachant, venu de Rhodes, en passant par Alger et New York et à travers lequel Irina réussit à relire, comprendre et aimer sa propre histoire.

Agathe Bozon
 

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