"Kouri" de Dorothée Werner - la chronique #38 du Club des Explorateurs

jeudi 18 juin 2015

"Kouri" de Dorothée Werner - la chronique #38 du Club des Explorateurs

Lancé en janvier 2015, le Club des Explorateurs permet chaque semaine à deux lecteurs de lire en avant-première un même titre que nous avons sélectionné pour eux et de confronter ainsi leur point de vue.

Cette semaine, Julie a choisi Fanny pour partager sa lecture et son avis sur le livre Kouri de Dorothée Werner (Lattès).

 

L'avis de Julie

Kouri est un roman historique. Ce n’est pas une biographie mais l’auteur s’est largement inspirée de l’histoire de Germaine, une résistante française qui se faisait appeler Kouri.

Moi, j’aime les romans historiques, j’aime qu’on me raconte l’Histoire.

Il m’est important de lire ce qui s’est passé en temps de guerre. Je crois savoir que les gens ont été déportés, gazés, torturés, tués. Je crois savoir, mais à chaque fois que je lis un livre traitant de la guerre, je suis toujours surprise… Je ne sais pas tout, je ne connais qu’un centième de ce que les gens ont enduré et vécu.

Quand on lit Kouri, on fronce les sourcils, on se met dans un endroit silencieux. Il n’est pas question de faire du bruit à côté. On est à côté de Kouri, on est dans le train avec elle.

Nous sommes 5 ans après la Libération, Kouri est convoquée au tribunal pour témoigner au procès de deux femmes accusées d’avoir égorgé des prisonnières dans le camp de concentration de Ravensbrück.

Tout le roman se passe dans le train. Ce qui est le plus important finalement, ce n’est pas le tribunal et le jugement de ces deux femmes, "Banane et Moustache" comme les a surnommées Kouri, car le juge a bien précisé qu’elles étaient jugées uniquement pour savoir si oui ou non elles avaient égorgé des femmes, et rien d’autre. Ce qui est important c’est ce dont Kouri se souvient. Elle a promis à toutes, surtout à celle qui ne sont pas revenues, de raconter et de se souvenir, pour que les gens sachent.

Pendant tout le trajet, Kouri repense à ces temps de guerre. Elle se remémore ce que faisaient les prisonnières du camp.

Les pensées de Kouri défilent comme le paysage que l’on voit par la fenêtre du train. Comme lui, les pensées de Kouri vagabondent, sans toujours suivre une chronologie.

Les personnes dans le train se transforment en fantômes sous ses yeux. Nous sommes embarqués lorsqu’elle affronte ses peurs et se remémore de vieux démons.

J’ai aimé l’écriture de l’auteure. J’ai trouvé ce texte poétique, bien écrit. Je n’ai pu m’empêcher de penser à Kinderzimmer de Valentine Goby. Je trouve que ces deux livres se font échos.

J’ai lu Kouri d’une traite, parce que ce genre d’histoire ne laisse pas indifférent, parce qu’on est dans le train quand on lit ce livre, on ne peut pas descendre avant de l’avoir fini.

Et même quand on descend du train… on continue de penser à Kouri.

Julie Joyeux

 

L'avis de Fanny

« Une mascarade, c’est le mot. […] Deux mois durant, chaque matin elle était au rendez-vous, et puis chaque après-midi. Droit debout le cœur serré, seule et fidèle au poste, petite silhouette de piaf dans le box réservé au public. Clairsemé, le public. »

Le 27 Mais 2015, Germaine Tillion est entrée au Panthéon. Cette résistante décédée en 2008 à l’âge de 100 ans a souvent inspiré les auteurs. Et c’est avec cet ouvrage, Kouri, que Dorothée Werner décide de lui rendre hommage. Kouri est le surnom attribué à Germaine Tillion durant cette sombre période de résistance de la Seconde Guerre Mondiale, une période historique passionnante. Le roman de Dorothée Werner s’inspire librement de faits réels.

En 1950, Kouri est convoquée au procès de deux anciennes gardiennes du camp de Ravensbrück où elle a été déportée, Surnommées "Banane" et "Moustache", elles sont coupables d'avoir tyrannisé des centaines de prisonnières... Mais ne sont pas impliquées dans le crime dont on les accuse. Kouri se révèle être un élément clé de ce procès car son témoignage sera déterminant. Nous partageons donc ses doutes durant le trajet du train qui la conduit en Allemagne et ravive en elle de nombreux souvenirs, que ce soit son moyen de transport qui l'effraie ou la foule qui l'oppresse. Kouri, même libre, lutte encore, elle se confronte au "monde noir"... Celui dont elle pensait s’être détachée. Ce trajet lui confirmera qu’il existe toujours deux catégories de personnes, comme celles qu'elle a connues par le passé.

Avec ce roman Dorothée Werner interroge le doute dans l’humanité et ce qui la constitue. C’est très bien écrit et d’une façon qui touche le lecteur, notamment en dressant le portrait des deux geôlières, anciennes détenues, victimes elles aussi mais à une autre échelle, à découvrir au fil de la lecture pour ne pas gâcher la surprise. Ce roman pourrait mériter des pages entières noircies pour en parler, notamment parce que j'adore cette période de l'Histoire et les femmes qui s'en détachent, mais cela se révèle finalement compliqué sans en raconter l'histoire et en révéler les ficelles. Ce livre donne à réfléchir, sur le mal, le sens de la justice et de l’honneur. Un roman plein d’humanité et qui touche.

Fanny BIO

 

Merci à Julie et Fanny pour ces chroniques passionnantes !

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