Je ne viens p@s à vous par hasard d'Adaobi Tricia Nwaubani

mercredi 25 janvier 2012

Pigeon vole, pigeon volé !

Je ne viens p@s à vous par hasard d'Adaobi Tricia Nwaubani

Adaobi Tricia Nwaubani, auteure nigériane née en 1976 et diplômée de psychologie, nous livre dans ce premier roman réussi une peinture du Nigéria d’aujourd’hui pleine d’humour, de lucidité et de tendresse. Lors de sa sortie en anglais en 2010 "Do Not Come To You By Chance" reçut un accueil chaleureux de la critique qui lui décerna le prix du meilleur premier livre, catégorie Afrique, des Ecrivains du Commonwealth.

 

 

 

 

 

 

 

Kingsley, fils de Paulinus et Augustina et brillant aîné de la fratrie, a obtenu son diplôme d’ingénieur en génie chimique. Les temps sont durs, depuis que le père est malade et que les maigres revenus de la famille sont absorbés par les dépenses en comprimés et insuline. Certes la mère continue son travail de couturière, mais les affaires ne sont plus ce qu’elles étaient. Et dans le petit village d’Umuahia, seules de trop rares fidèles clientes viennent encore faire réparer quelques vêtements, dans l’atelier aux vieilles machines rafistolées.

Kingsley incarne l’espoir de la famille, celui qui permettra à ses jeunes frères et sœur de suivre ses traces à l’université. Mais le travail se fait rare et c’est le cœur broyé de désespoir qu’il lit les trois premières lignes d’une lettre « Nous sommes au regret de vous informer que vous ne remplissez pas les critères pour… ».

S’il trouve du réconfort dans les bras de sa mère, Kingsley doit en plus affronter le dédain de sa fiancée Ola, dont l’attitude lointaine et détachée est aussi incompréhensible que sa montre neuve Dolce & Gabbana est rouge et trop voyante. Ola, qu’il s’était promis d’épouser une fois un travail trouvé et qui le quitte tandis que son père, dont la santé se dégrade, est hospitalisé.

Mais au Nigéria, l’hôpital est un luxe que la famille doit financer sans délai, faute de quoi le malade est renvoyé. L’urgence rappelle à Kingsley l’existence de l’oncle Boniface, jeune frère de sa mère devenu richissime et qui vécut chez eux pendant ses jeunes années. Bien sûr tout le monde répugne à imaginer faire l’aumône auprès de cet oncle sans culture et sans diplôme mais aux affaires douteuses et si juteuses. Pourtant un jour Kingsley décide d’aller à Aba rendre visite à l’oncle Boniface, devenu Cash Daddy. 

Devant sa somptueuse demeure les gens s’accrochent aux grilles, repoussés par les gardes. Kingsley est introduit auprès de Cash Daddy qui a pris du poids au propre et au figuré et l’assurance qui va avec. Il dépanne généreusement Kingsley en lui faisant donner une enveloppe gonflée de billets salvateurs. Quelque temps plus tard, Kingsley revient et l’oncle l’aide encore, ponctuant son geste d’une jolie métaphore : « Quand les yeux versent des larmes, le nez coule aussi. Après tout tu es mon frère. Nous sommes une famille. »

Kingsley est aussi reconnaissant qu’impressionné par son oncle, pourtant critiqué par son père pour son manque de culture et d’éducation. Et quand ce dernier lui propose de travailler pour lui, retenu par la morale, il commence par refuser pour finalement accepter de se lancer dans le commerce des “419”. Des emails frauduleux destinés à soutirer de l’argent à de naïves victimes : “les mugus”, les pigeons.

Ce roman d’un style enlevé porte sur le Nigeria un regard sans complaisance mais empreint d’une grande bienveillance. Une plongée dans une Afrique méconnue entre tradition et soif de modernité. La plus grande réussite de ce premier roman ? Faire poindre l’humour dans les situations les plus dramatiques. Soulignons un choix des noms particulièrement savoureux. Ainsi Cash Daddy qui brasse les millions est entouré de son ami surnommé World Bank et de son parrain Money Magnet !

Un ton parfois cru et des descriptions imagées à l’instar d’une des premières scènes de vie familiale où Charity, la plus jeune de la fratrie et unique fille essuie les quolibets d’un de ses frères « Regarde tes dessous de bras ! On dirait les cuisses d’un gorille ! ».  

Adaobi Tricia Nwaubani, avec son ton d’écriture libre, impertinent, lucide et tonique marquera, à n’en pas douter, le paysage littéraire. On attend son prochain roman.

 

Agathe Bozon

Je ne viens p@s à vous par hasard, Adaobi Tricia Nwaubani, Presses de la Cité, (2011)

 

 

                 

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