Japan Expo 2015 : le manga à l'honneur !

vendredi 10 juillet 2015

Japan Expo 2015 : le manga à l'honneur !

La Japan Expo a fêté ses seize ans cette année du 2 au 5 juillet 2015, au Parc des Expositions Paris-Nord Villepinte. C’est, en France et en Europe, le principal festival dédié à la culture japonaise sous toutes ses formes : traditions et folklores, cuisine, jeux vidéo, mangas, pop culture, musique, etc.

En chiffres, la Japan Expo, c’est : 250 000 visiteurs en quatre jours sur 130 000m² d’espace, des centaines de cosplayers, et des dizaines d’invités prestigieux, notamment Ken Akamatsu, auteur de Love Hina (Pika) dont les ventes atteignent les 2 millions d’exemplaires dans l’hexagone !
Qu’est-ce qui explique le succès de ce festival et, plus globalement, l’attrait pour les cultures japonaises ?

C'est à l’aube des années 1980 que les anime (dessins animés japonais) sont diffusés pour la première fois à la télévision française, dont les fameux Goldorak et Albator. La tendance est alors lancée : jusqu’à la fin des années 1990, de nombreux anime aujourd’hui cultes apparaissent sur nos écrans : Dragon Ball, Les Chevaliers du Zodiaque, Sailor Moon…  

Mais il faut attendre le début des années 1990 pour découvrir les premières versions françaises des mangas avec, notamment, la publication d’Akira de Katsuhiro Otomo. L’engouement pour la culture japonaise, par le biais des anime et des mangas, connaît alors une belle expansion au tournant du XXIe siècle.

En moyenne, chaque année, ce sont environ 1700 mangas – entre nouveautés et rééditions – qui sont publiés sur le territoire. Entre janvier et mai 2015, 5 millions de mangas ont été vendus en France, pour un chiffre d’affaires de 38 millions d’euros (source : institut GfK pour Livres Hebdo).

L’équipe lecteurs.com s’est rendu à la Japan Expo et a rencontré quatre éditeurs aussi passionnants qu’ils sont passionnés. Portraits.

Kana, maison d’édition créée en 1996, est l’un des principaux éditeurs de manga sur le marché français. On lui doit notamment des classiques comme Detective Conan (80 tomes en France !) et plus récemment des séries à succès dont Death Note ou Hunter x Hunter.

Yuki Takanami travaille au service éditorial de Kana. Son rôle ? Chercher les tendances qui se dégagent au Japon pour dénicher les publications les plus prometteuses et anticiper leur édition en France. « Chasseur de tête », en quelque sorte !

Les parutions au Japon se font en effet sous forme de recueils de prépublication, chapitre par chapitre, sur un rythme hebdomadaire ou mensuel, dans des magazines comme Weekly Shonen Jump. Chacun de ces magazines de prépublication est dédié à une catégorie particulière, comme le shonen (manga pour garçons), le shojo (manga pour filles) ou le seinen (manga pour adultes).

Si un manga rencontre le succès auprès du public, il paraît ensuite en tome relié. En général, les éditeurs français achètent les licences auprès des éditeurs japonais mais sont soumis aux aléas du marché nippon : si une série s’arrête au Japon, il en va de même en France.

C’est donc, pour Yuki, à chaque fois, un « coup de poker avec les éditeurs japonais » pour s’assurer que les talents repérés se vendent à la fois au Japon mais aussi à l’export. Pari réussi car son coup de cœur, Seraph of the end dont le tome 2 vient de paraître, a su séduire le public français.

Le top des ventes de Kana :
Naruto de Masashi Kishimoto
Black Butler de Yana Toboso
Assassination Classroom de Yusei Matsui

 

Au stand des éditions Kazé, nous avons rencontré Manon Debienne, éditrice papier et numérique. La maison d’édition fête ses sept ans mais Kazé existe depuis vingt ans : l’entreprise a édité avant tout de l’anime. Sa particularité ? Elle est directement rattachée depuis 2009 aux deux principales maisons d’édition japonaises, Shueisha et Shogakukan. Kazé possède également un label de musique, Wasabi Records, spécialisé dans la J-pop ou « pop japonaise » ; c'est aussi une chaîne de télé : KZTV !

Qu’est-ce que les salons comme la Japan Expo apportent à la maison ? C’est surtout, pour Manon, l’occasion de mettre en avant des séries et de promouvoir les sorties exclusives. Avec Kazé, on réalise que le manga est en réalité crossmedia ou mediamix : il est associé à l’animation, le cinéma, les jeux vidéo, les produits dérivés, etc. Une histoire peut être adaptée aussi bien en tome relié qu’en film !

C’est le cas de All you need is kill, roman japonais de Hiroshi Sakurazaka et illustré par Yoshitoshi Abe ; il a été adapté en manga par Takeshi Obata (dessinateur de Death Note) et scénarisé par Ryosuke Takeushi. Mais aussi… adapté au cinéma sous le titre Edge of Tomorrow, sortie en 2014 avec Tom Cruise et Emily Blunt !

Dans le top perso de Manon, on trouve la saga Suicide Island, un seinen sombre où les personnes suicidaires se réveillent isolées sur une île complètement déserte et doivent se débrouiller pour survivre dans cet environnement hostile. 

Le top des ventes de Kazé :
Beelzebub de Ryuhei Tamura
Kuroko's Basket
de Tadatoshi Fujimaki
All you need is kill
de Takeshi Obata, Hiroshi Sakurazaka et Yoshitoshi Abe

 

Pierre-Alain Dufour et Olivier Pacciani ont créé, il y a cinq ans, la maison nobi nobi !, en partant du constat suivant : il n’y a que peu – voire pas – de livres jeunesse traitant de l’univers japonais en France. Que cela ne tienne, ces deux trentenaires qui ont grandi avec les anime cultes fondent leur propre maison et se concentrent sur la traduction d’albums illustrés nippons et la création d’œuvres originales inspirées de la culture japonaise. 

L'une des perles chez nobi nobi !, c'est La maison en petits cubes de Kunio Kato et Kenya Hirata. A l’origine, il s’agit d’un court métrage réalisé par l’illustrateur Kato, et qui a reçu l’Oscar du meilleur court-métrage d’animation en 2009. L’album a été publié d’après le film ; c’est une création originale des deux auteurs du film (Kato et Hirata). Il s’est vendu à 11 000 exemplaires en France, et a reçu le Prix Sorcières 2013 dans la catégorie « Albums ».

Ein Lee et Audrey Alwett sont présentes sur le stand pour une séance de dédicaces du livre Le mot qui arrêta la guerre, un conte japonais original sur la liberté d’expression mettant en scène deux frères séparés par la guerre. La maison publie également des grands classiques de la littérature en version manga ! Ruez-vous donc sur Les aventures de Sherlock Holmes, Roméo et Juliette et Les trois Mousquetaires made in Japan !

Bon, on vous avoue que du côté de l'équipe lecteurs.com, on a eu un gros coup de cœur pour Détective Popotin mène l’enquête ! Un livre illustré et participatif plein d'humour dans lequel il faut dénicher le voleur de bonbons...

Le top des ventes de nobi nobi ! :
La maison en petits cubes de Kunio Kato et Kenya Hirata
Yosei, l'essence des fées d'Alice Brière-Haquet et Shiitake
Le mot qui arrêta la guerre d'Ein Lee et Audrey Alwett

 

Kurokawa a 10 ans. C’est l’une des principales maisons d’édition de mangas sur le marché français. L’un de leurs auteurs-phares, qu’ils publient depuis leur lancement, est Hiromu Arakawa, la mère de Fullmetal Alchemist, Nobles paysans, Silver Spoon et, récemment publié en France, The Heroic Legend of Arslan, paru en deux tomes.

Fabien Vautrin, directeur artistique, nous explique que pour travailler dans ce milieu, il faut avant tout être passionné par la culture japonaise. C’est un travail pluridisciplinaire puisqu’il est nécessaire de suivre toutes les sorties, qu’il s’agisse de jeux vidéo, d’anime, de mangas…

Les mangakas (auteurs japonais) s’inspirent de plus en plus du fonctionnement des comics américains, et l’on voit apparaître des « licences » qui se transmettent et permettent de perpétuer l’existence d’un univers. C’est le cas de Saint Seiya, les fameux « Chevaliers du Zodiaque », univers créé par Masami Kurumada dans les années 1980 et qui renaît aujourd’hui grâce à de nouveaux auteurs, sous forme de préquelles, de suites ou de spin-off comme Saint Seiya : Saintia Sho ou Saint Seiya, épisode G.

Le manga du moment de Fabien, c’est Ultraman, l’adaptation en manga de la série télé japonaise éponyme, créée en 1966 par Eiji Tsuburaya, maître du genre tokusatsu (« effets spéciaux ») et connu pour être le père du plus célèbre des monstres japonais : Godzilla. Le manga modernisé poursuit l’histoire originelle et met en scène le fils du premier héros : ainsi, Ultraman plaira autant aux parents qui ont connu la série grâce au Club Dorothée, qu’à leurs enfants qui découvriront un super-héros devenu culte.

Et nous, on craque pour Les vacances de Jésus et Bouddha, un manga iconoclaste qui raconte les vacances sur Terre et la colocation de Jésus et Bouddha, en plein coeur de Tokyo au XXIe siècle !

Le top des ventes de Kurokawa :
Red Eyes Sword de Takahiro et Tetsuya Tashiro
Pokémon : la grande aventure de Hidenori Kusaka
The Heroic Legend of Arslan de Hiromu Arakawa

 

Enfin, on ne peut que vous conseiller la lecture de Poison City de Tetsuya Tsutsui (Ki-oon) qui a reçu, à l'occasion de la Japan Expo, le Prix Asie de la Critique ACBD 2015, décerné par l'Association des Critiques et Journalistes de Bande-Dessinée. Proclamé "meilleur manga de l'année" selon la critique, Poison City dénonce la censure dans le milieu de l'édition japonaise, dont l'auteur a été frappé en 2013 pour son récit Manhole.

Rendez-vous l'été prochain pour une nouvelle édition de la Japan Expo qui, on l'espère, sera aussi haute en couleurs que cette année !

 

Article par Camille Cikala, photos par Yannick Hervé

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