#Interview : Lisa Liautaud, la nouvelle voix de Plon

vendredi 22 janvier 2016

#Interview : Lisa Liautaud, la nouvelle voix de Plon

« L’édition est, de toute façon, une affaire éminemment humaine »

Place aux trentenaires ! L’édition française rajeunit et se renforce avec l’arrivée de nouveaux talents qui se donnent les moyens de proposer une littérature contemporaine séduisante et solide. A l’instar de Lisa Liautaud, venue en juillet 2014 prendre en charge la littérature française aux éditions Plon. Lectrice insatiable depuis l’enfance, passionnée de littérature française contemporaine et prête à relever tous les défis, elle remodèle patiemment mais radicalement l’image littéraire de la maison dans laquelle elle a fait ses premières armes. Un défi de taille, tant il est difficile de rénover l’image d’une maison d’édition, mais un pari déjà gagné auprès des principaux relais d’opinions que sont les libraires et les réseaux sociaux. Nous sommes en janvier 2015, le temps est venu de faire un point d’étape avec cette jeune éditrice de 32 ans, exigeante, éclectique et infatigable bosseuse.

Bonjour Lisa Liautaud, dites-nous d’abord si l’édition est pour vous un choix de raison ou un choix de passion ?
Je suis venue à l’édition par goût et par curiosité. J’ai traversé une vraie remise en question pendant la préparation de l’agrégation de lettres modernes qui a abouti à un constat : je n’avais pas la vocation d’enseigner. Il était temps de s’en apercevoir, me direz-vous. Le livre a toujours été un point central dans ma vie. J’avais déjà travaillé en librairie, je me suis tournée vers l’édition, que je ne connaissais pas du tout. J’ai fait un stage chez Plon… et j’y suis finalement restée 5 ans comme assistante d’édition. La lecture était déjà une passion, l’édition est devenue un métier, et une évidence.

Et ?
Eh bien j’ai eu envie d’explorer d’autres pistes et j’ai suivi un auteur dans un think tank, la Fondation Jean-Jaurès. Une manière de faire de la politique avec des intellectuels. J’y ai beaucoup appris, d’abord à un poste éditorial puis à un poste plus transversal, la direction de la communication : les relations avec la presse, l’événementiel, les stratégies de communication sont des champs de compétence dont je me sers d’ailleurs aujourd’hui.

Car vous revenez finalement à l’édition !
Oui, 4 ans après l’avoir quittée, je l’ai retrouvée, chez Plon encore. La communication, même si le métier est passionnant, s’applique à valoriser des projets déjà conçus. J’avais envie de revenir à la source. Le texte, surtout la fiction, me manquait.

Selon vous, quelles sont les qualités d’un éditeur ?
La rigueur, la sensibilité, une attention et une confiance vis à vis des auteurs. Il faut bien sûr être capable de repérer le potentiel d’un texte et discerner où l’on peut aider l’auteur à le conduire.

Etre éditeur 2.0, c’est à dire à l’heure du numérique et des réseaux sociaux ?
Le monde vit certes une vraie transition mais le numérique n’a pas encore sur le livre l’impact qui est le sien dans d’autres domaines culturels. Les lecteurs d’aujourd’hui sont encore formés aux méthodes et à l’usage du livre du XXe siècle. Mais les nouveaux lecteurs arrivent. Avec eux, émergeront de nouveaux modes de lecture et de nouvelles formes littéraires, différentes du livre homothétique que nous connaissons. Le numérique a pour le moment surtout fortement impacté la communication et la commercialisation du livre. Et il est évident qu’un éditeur aujourd’hui ne peut plus faire l’économie de ces nouveaux leviers.

Revenons à l’essentiel, qu’est ce qu’un bon manuscrit ?
Je dirais que, d’abord, il doit répondre à des critères objectifs de qualités littéraires et narratives. Ce qui permet déjà de détacher des manuscrits du lot. Il y a aussi des critères subjectifs plus difficiles à établir : un texte doit toucher l’éditeur qui est un lecteur capable de ressentir pour lui-même et de se projeter dans la peau d’un lecteur différent de lui. Oui c’est un peu schizophrène comme métier. Et puis il y a les critères liés à la spécificité de la maison d’édition, à la ligne éditoriale. Chez Plon, par exemple, nous avons beaucoup travaillé à la redéfinir, plus particulièrement depuis la rentrée littéraire 2015, avec une charte graphique très pop, chargée de souligner l’énergie et les partis pris qui sont les nôtres.

Chaque maison d’édition a donc ses spécificités, comment s’établissent-elles ?
Plon est davantage connue pour les essais, les documents et les sciences humaines, un peu moins, il est vrai, pour la littérature. Une faiblesse que nous sommes en train de rattraper en construisant une identité littéraire cohérente avec celle de la maison : une littérature ancrée dans la réalité et dans le monde contemporain. C’est un pari enthousiasmant. Et c’est une conviction personnelle. L’édition est, de toute façon, une affaire éminemment humaine. Certes, c’est une industrie, mais elle est soutenue par des humains, dans la subjectivité et l’émotion, dans les échanges constants entre le créateur et ceux qui sont chargés de rendre l’œuvre disponible au lecteur. L’identité de Plon est essentiellement grand public, ses publications veulent concilier les intérêts du plus grand nombre avec l’exigence intellectuelle la plus engagée. C’est de toute façon, je crois, le sens profond de ce métier.

Propos recueillis par Karine Papillaud

En cette rentrée de janvier chez Plon, Lisa Liautaud a édité les trois textes suivants, le second roman de Karine Silla, Autour du soleil, le deuxième roman de Denis Lemasson, Nous traverserons ensemble, et le nouveau roman d’un Patrick Besson qu’on connaît déjà bien, Ne mets pas de glace sur un coeur vide.

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