Interview de Pierre Weill, auteur de "Mangez, on s'occupe du reste"

jeudi 17 avril 2014

« L’agriculture à vocation santé doit concerner tout le monde »

Interview de Pierre Weill, auteur de "Mangez, on s'occupe du reste"

Après « Tous gros demain » et « Mon assiette, ma santé, ma planète » (2007 et 2010), Pierre Weill approfondit ses recherches sur les liens entre production agricole, industrie agro-alimentaire et santé publique. Dans son dernier essai, « Mangez, on s’occupe du reste », cet ingénieur agronome explore les solutions actuelles pour améliorer en amont la qualité nutritionnelle de notre alimentation.

 

 

 

 

 

 


Le point de départ de votre livre était le scandale des lasagnes à la viande de cheval, à la demande de votre éditeur. Mais vous ne vous êtes pas du tout arrêté à cette question…
L’utilisation de la viande de cheval n’avait qu'un but : augmenter les bénéfices de 1 %, soit 5 centimes par barquette. Je m’en suis servi pour développer une réflexion plus globale sur ces chiffres : Autant dépenser ces 1 % pour manger mieux ! Ce que je démontre depuis plusieurs années, via des études statistiques, mais aussi des études biologiques sur des groupes tests, c’est que plus le système de production fait baisser les prix de l'alimentation, plus la santé se dégrade : d’où la victoire, entre autres, de l’obésité ou du diabète. A cause de quoi ? De l’appauvrissement nutritionnel des produits de l’agriculture, qu’il faut aujourd'hui compenser par la chimie. Par exemple, avec des gélules d’omega 3 ou d’omega 6, ou via des aliments enrichis (les margarines, par exemple). Mais ces acides gras aux vertus anti-oxydantes et anti-inflammatoires sont censés se retrouver naturellement dans l’alimentation. Il faut donc changer le système en amont.

Ce qui risque d’être difficile...
Pour un marché de plusieurs milliards d’euros, faire machine arrière sera très dur, mais on peut progresser à petit pas. Pour ne citer qu’un exemple : tout le barouf autour de l’huile de palme a forcé les industriels à s'adapter et, en France du moins, sa prévalence a beaucoup diminué, aussi bien dans les plats cuisinés que dans les biscuits ! De mon côté, je développe l’agriculture à vocation santé à travers le label Bleu Blanc cœur qui gagne du terrain chez certains agriculteurs.

Les changements que vous appelez trouvent-ils un écho chez les décideurs ?
Oui et non. Des directeurs de coopérative commencent à dire : « Nous ne pouvons plus faire comme si nous ne savions pas ». Malheureusement, ceux qui ne veulent pas surmonter l’opacité des systèmes de production restent encore majoritaires. La solution pourra venir, entre autres, d’une plus grande transparence. A ce titre, une firme canadienne, Spectel, développe actuellement un système portatif qui permettra au consommateur de littéralement scanner son alimentation, par spectographie. Au supermarché, nous pourrons mieux comparer les œufs, le lait, mesurer les pesticides, les allergènes, les omega 3. Même si cela ne concernera pas tout le monde, cela forcera un auto-contrôle et la qualité de la production augmentera.

« Mangez, on s’occupe du reste », de Pierre Weill, éd. Plon.

Où trouver « Mon assiette, ma santé, ma planète » en librairie ?

Service proposé en partenariat avec Place des Libraires

Les dernières discussions

Il n'y a pas encore de discussion sur cet article
Soyez le premier à en lancer une !

Lancez une discussion

Pour lancer une discussion, vous devez être connecté...
Vous n'avez pas encore de compte ? Rendez-vous ici et laissez-vous guider !