Interview de Pierre Guglielmina, traducteur

mardi 12 juillet 2011

Un géant vous attaque, vous ripostez

Interview de Pierre Guglielmina, traducteur

Traducteur prolifique des grands noms de la littérature anglo-saxonne (Bret Easton Ellis, Ernest Hemingway, Jack Kerouac, Francis Scott Fitzgerald…), Pierre Guglielmina nous détaille sa conception du métier.

 

 

 

 

 

 

Quelle serait votre définition du verbe traduire ?
Je crois qu’on assigne en général un domaine bien trop restreint au mot de traduction. Lire, c’est traduire, quand bien même on lirait dans sa propre langue. Si la lecture est autre chose qu’un simple déchiffrement scolaire, si elle engage tous les sens et pas seulement la vue, alors elle correspond exactement à ce qu’implique le travail de traduction. C’est-à-dire la restitution précise de toute la gamme des sensations portées par une langue qui nous est étrangère. Et je crois que tout écrivain digne de ce nom, français ou chinois, devrait parler dans une langue qui nous est nécessairement étrangère. Les grands écrivains français sont tous, sans exception, des étrangers dans leur propre langue.
 

Comment êtes-vous devenu traducteur ?
J’ai commencé à traduire dans des circonstances un peu particulières. J’étais éditeur et j’écrivais une thèse de philosophie sur Leo Strauss. J’ai traduit des textes de lui qui ont été publiés par Gallimard. Chez Calmann-Lévy, où j’étais éditeur de littérature étrangère, j’ai traduit dans l’urgence un roman de Ruth Rendell, La Demoiselle d’honneur. Et les choses se sont enchaînées à partir de là. J’ai cessé d’être éditeur, je ne suis pas devenu professeur de philosophie. J’ai traduit et voyagé. J’ai emporté mes traductions en voyage.
 

Quels sont les auteurs que vous avez traduits ? 
Leo Strauss, Ernest Hemingway, Francis Scott Fitzgerald, Jack Kerouac, Gordon Lish, Alfred Hitchcock, Norman Mailer, G.K. Chesterton, Winston Churchill, Bret Easton Ellis, J.P. Donleavy, Tom Wolfe, Kurt Vonnegut, Arthur Miller, Richard Ford, Ana Menendez, Sebastian Faulks, Barbara Ehrenreich, Louis Begley, Ezra Suleiman, Daniel Alarcon, Daniel Mendelsohn, Saskia Sassen, Francis Fukuyama, etc. C’est une liste incomplète. Dix livres de Jack Kerouac, trois d’Ellis, deux de Fitzgerald, trois de Lish. Je crois que j’ai traduit environ 90 livres en une quinzaine d’années.
 

Est-on intimidé quand on s’attaque à des géants ?
Non, pas du tout. C’est même tout le contraire. Un géant vous attaque, vous ripostez. Très excitant.
 

Travaillez-vous en collaboration avec certains des auteurs ? 
Non, je travaille seul. Les vrais problèmes de traduction se posent en français et les écrivains ne sont donc pas d’un grand secours, en général. C’est toujours pour moi le signe que j’ai bien lu la partition originale. Après cela, les questions se posent en termes de rythme, de cadence, de musicalité.
 

Les attentes du public ont-elles évolué vis-à-vis de la littérature étrangère et de sa transmission ?
La France traduit beaucoup, pour des raisons plus ou moins bonnes. Je ne suis pas sûr que la production massive de romans étrangers soit à la hauteur des attentes. C’est une manière de noyer le poisson.
 

Les traducteurs sont-ils suffisamment reconnus pour leur travail ?
Je ne sais pas. Je ne peux parler que pour moi et je dirais que je me reconnais dans mon travail.
 

Quelle est la satisfaction du traducteur ?
Philippe Sollers
écrivait récemment : "Tout est meilleur lorsqu’on le traduit en français. Sauf Shakespeare et Dante. Toutes les langues attendent d’être traduites en français. Disons même que c’est leur vocation.” . 
C’est une idée très juste à laquelle j’adhère entièrement. J’ajouterais seulement ceci : il est temps que je m’attaque à Shakespeare et à Dante.
 

Sur le même sujet : Les traducteurs, ces héros si discrets

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