Interview de Nicolas Fargues

mardi 05 avril 2011

Prix France Culture Télérama 2011

Interview de Nicolas Fargues

Après Le Roman de l’été en 2009, Nicolas Fargues renoue dans Tu verras (POL) avec le style intime de J’étais derrière toi. L’histoire d’un homme qui vient de perdre son fils de 12 ans.

Il se souvient des moments passés, de leur complicité, mais s’aperçoit aussi qu’il ne connaissait pas si bien l’ado que son fils devenait. Un roman sans pathos et tout en justesse qui vaut à son auteur le Prix France Culture Télérama 2011.

 

 

 

 

- Nicolas Fargues, Tu verras (POL) raconte l’histoire d’un père qui devient orphelin de son fils, tué dans un accident à 12 ans. C’est une fiction, pas un drame personnel, alors comment vous est venue l’idée d’écrire un livre sur un tel sujet ?
Pour une raison essentiellement : celle de m'essayer à "créer" de l'émotion, à retrouver une fibre sensible proche de mon cinquième roman, J'étais derrière toi. Après deux livres publiés entre-temps que je qualifierais de distanciés, je me demandais si je serais encore capable d'écrire de la sorte. Enfin, ma propre implication dans l'éducation de mes enfants, toutes les questions profondes que cela amène à se poser au quotidien sur soi-même et la parentalité en général ont également été déterminantes.

- Est-ce un acte d’exorcisme quand on est père soi-même ?
Dans la mesure où ce que je redoute le plus au monde est de perdre l'un de mes enfants, oui, certainement. Mais en faire un livre ne résout rien.

- Comment s’est passé le moment de l’écriture d’un tel roman ?
Chaque fois que je reprenais le fil de mon histoire, je ne me mettais pas tant "en situation" à la manière d'un comédien (ressentir l'abattement et la déroute), que je me concentrais au maximum afin de sonner aussi juste et précisément que possible, en m'interrogeant sur ce que pouvait traverser le personnage plutôt que tenter (en vain) de le ressentir à sa place. D'où ce deuil abordé "par défaut" si je puis dire, de biais et non frontalement, en m'attachant à décrire la douleur suscitée par des souvenirs précis plutôt que me confronter à la teneur même de cette douleur.

- Pourriez-vous expliquer le titre, Tu verras, que vous avez choisi pour ce livre ?
Je l'ai choisi après avoir terminé le livre. En relisant le manuscrit je me suis aperçu qu'il y avait un grand nombre d'occurrences de Tu verras, une vraie rengaine, et j'ai décidé d'en faire mon titre. Avec tout le côté dérisoire, désespérant et tragique que cela suppose lorsqu'on comprend que la locution n'a plus rien à voir avec une projection dans l'avenir, bien au contraire.

- Plus que le deuil, le sujet du livre ne porte-t-il pas sur le fait d’être le père d’un garçon ?
Oui, indéniablement. Ce qui m'intéressait avant tout, c'était de tenter de comprendre pourquoi et comment un homme en apparence désabusé, revenu de tout, pouvait découvrir que la seule chose qui l'accrochait à son insu à la vie était son fils, à la fois un prolongement et une contradiction de lui-même. Et comment la mort pouvait, paradoxalement, le révéler à la vie et à lui-même.

- Peut-on dire aussi que ce livre donne le regard d’un homme de 40 ans sur une société qui se dessine sous ses yeux (internet, facebook, les marques… ) et qui n’est déjà plus la sienne ?
Oui. J'ai, à ce titre, volontairement forcé le trait. Mon personnage a 40 ans mais il pourrait tout aussi bien en avoir 60. Rares en effet son les enfants de la génération de mai 68 qui osent reprocher tout haut à leurs rejetons de porter leur jean trop bas et d'écouter du rap, non? 

- Vous insistez beaucoup sur le mélange interculturel que votre personnage découvre dans la vie et les fréquentations de son fils, comme si le quarantenaire parisien qu’il est ne se sent pas concerné par la mixité…
Je pense que l'on peut se dire ouvert au multiculturalisme par mimétisme social sans avoir la moindre idée de ce que cela peut représenter réellement. Combien de bobos parisiens ne se sont-ils jamais aventurés au-delà du périphérique nord tout en donnant de grandes leçons d'humanisme et de tolérance? Là aussi, en forçant un peu le trait, je voulais "dessaler" un ignorant tout en amenant le lecteur à considérer ces choses-là avec des yeux neufs, candides sans hypocrisie.

Propos reccueillis par Karine Papillaud


Photo : Fargues©Bamberger-2011

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