Interview de Michel Le Bris, directeur du festival Etonnants voyageurs

mercredi 01 juin 2011

Nous sommes à un moment de créativité formidable

Interview de Michel Le Bris, directeur du festival Etonnants voyageurs

Depuis deux décennies, le festival des Etonnants Voyageurs transporte les foules vers l’ailleurs.

Chaque année au mois de juin, au pied des remparts de Saint-Malo (Ille-et-Vilaine), on a découvert le travail de plus de 250 artistes : écrivains, dessinateurs, photographes et autres cinéastes.

Rencontre avec Michel Le Bris, l’étonnant directeur de la manifestation… 

 

 

 

 

Comment est née l’aventure des Etonnants Voyageurs ?
Le festival est né en 1990, d’une exaspération personnelle face aux modes de la littérature française à ce moment-là : les avant-gardes et l’exercice de contemplation de son nombril, à un moment où un monde était en train de disparaître et un autre de naître. Ce sont les écrivains, les artistes qui mettent en forme, qui disent l’inconnu du monde qui vient. Ils lui donnent un visage, ils le rendent habitable.

D’où l’envie de faire découvrir ce que vous appelez la littérature-monde…
En 1993, j’avais utilisé ce mot, littérature-monde, qui est plus vaste que la littérature de voyage. Le festival se voulait le point de ralliement des petits-enfants de Stevenson et de Conrad. Le trait d’union, l’espace des œuvres qui sont à inventer. C’est parti de là.  Et le public a répondu.

Et la situation a évolué ? 
Oui. Par exemple, Enard, de Roblès, Berton : ce sont des auteurs contemporains qui respirent large. Aujourd’hui, le rock ou la bande dessinée alimentent la littérature. Mais la loi du retard de la critique sur la situation du monde existe toujours. Certains critiques ne connaissent rien au street art, au slam, au graff.

Le thème principal de cette édition est  Villes mondes, cultures urbaines… 
De nouveaux moyens d’expression, comme le web-documentaire, correspondent aux évolutions technologiques. Regardez l’importance d’internet dans les révolutions arabes. C’est une culture du chaos-monde. En Argentine, les pixadores peignent les murs, occupent l’espace urbain. C’est fascinant. La rue est la plus grande galerie d’art au monde. Nous avions envie de faire venir ces gens là. Comme dans les années 1960, on découvre la culture souterraine d’une génération. Nous sommes à un moment de cristallisation, il existe une créativité formidable aujourd’hui.

Quels sont les autres moments forts de la programmation ? 
Il y aura une grosse présence africaine, des écrivains, des chanteurs, des cinéastes, avec notamment trois films extra sur Kinshasa. On citera également le rappeur Amkoullel, qui est le neveu de l’écrivain malien Hampâté Bâ. Un acteur culturel incroyable, qui porte un discours de rupture radical avec les générations précédentes. Nous voulons présenter ces enfants de la ville, de la mondialisation et de l’Afrique nouvelle à inventer. Nous parlerons aussi des Caraïbes, avec notamment un web docu sur Port-au-Prince, montrant comment les artistes occupent les ruines et les transforment.

Quels sont les prochains voyages du festival ?
Nous avons deux objectifs principaux. Remonter les Etonnants voyageurs à Port-au-Prince. Mais le choléra et les problèmes politiques ont rendu le projet impossible jusque là.  Et revenir à Bamako pour accompagner la nouvelle génération. Enfin, nous espérons rentrer dans le réseau World alliance, qui fédère les grands festivals de littérature du monde. Une délégation vient en juin à Saint Malo. Nous sommes le festival le plus ouvert sur littérature mondiale en France.

Festival Etonnants Voyageurs
Palais du Grand Large, 1, quai Duguay-Trouin, 35400 Saint-Malo.

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MichelLeBris © M. Pelletier / Corbis

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