Interview de Jaume Cabre, auteur du magistral "Confiteor"

mardi 17 décembre 2013

Et s’il n’en restait qu’un de 2013…

Interview de Jaume Cabre, auteur du magistral "Confiteor"

Le roman Confiteor de Jaume Cabré (Actes Sud) est la retentissante surprise d’une rentrée littéraire déjà riche en livres passionnants. En ces derniers jours de l’année qui sont souvent ceux des bilans, lecteurs.com a souhaité donner la parole à l’auteur de ce roman superbe sur la condition humaine, écrit dans une langue inouïe admirablement traduite du catalan par Edmond Raillard. Une œuvre bouleversante et inoubliable qui a enthousiasmé les Explorateurs de la rentrée sur notre réseau de dévoreurs de livres.

L’interview de Jaume Cabré est le cadeau de Noël de lecteurs.com à ses internautes. Bien plus qu’un éclairage sur une œuvre et son auteur, c’est aussi une prescription à peine déguisée pour offrir et faire offrir un roman qui, bien plus qu’un Goncourt ou un Renaudot, enchantera toutes les catégories de lecteurs. En d’autres termes, un chef d’œuvre.

 


Jaume Cabré, dites-nous combien de temps le projet de ce livre vous a « hanté » ?
Huit ans. Pendant huit ans j’ai commencé ma journée avec Adrià et tous les autres… Maintenant, les jours de travail sont déjà loin et ce sont les lecteurs qui me rapprochent des personnages et de l’atmosphère de Confiteor. Je suis fier de l’intérêt des lecteurs et particulièrement des lecteurs français.

Confiteor est-il encore un roman ou plutôt une oeuvre d’art, une métaphysique ?
À mon avis, un roman a vocation de devenir œuvre d’art. Je ne sais pas si Confiteor a réussi. Pour moi, bien sûr, Confiteor a été  pendant des années, mon terrain de réflexion ; pendant l’élaboration de ce roman et du précédent, Les voix du Pamano, j’ai vécu avec mes personnages jusqu’au point de croire qu’ils étaient réels. Pendant tout ce temps, j’ai souvent parlé avec eux et ils m’ont donné un peu de sagesse. Surtout Sara et aussi Aigle Noir… bien qu’ils ne soient pas les protagonistes. Certes, ils sont un produit de mon invention ; mais ils ont des opinions. Je me disais : « Qu’est-ce que dirait Sara, en cette situation ? »

Comment la langue de ce texte s’est-elle imposée ?
La langue au sens du style, je suppose. Quand est venu le moment où j’ai eu sur ma table de travail beaucoup de personnages et d’histoires à partir de la troisième année, à peu près, je me suis posé la question : comment expliquer tout ça ? En ce moment, je parle du ton ; pas seulement du style. C’est difficile à dire maintenant, mais il arrive un instant où je décide que le lecteur, tout comme moi, doit vivre le sentiment d’avoir devant lui toutes les époques et tous les endroits en même temps. Je sais que c’est impossible : mais pendant la création on est le dieu du monde et on peut faire des petits miracles. Tenter de les faire, du moins.

Comprenez-vous que l’on rapproche votre style des théories quantiques, dans le rapport au temps et à une certaine abolition des repères ?
Oui. Je le comprends. Mon fils ingénieur, parle de structure de fractales parce que les conséquences des actions des personnages se répandent dans le temps (au passé et au présent) et dans les lieux, sans béquilles, sans repères, pour que ne soit pas par le narrateur mais par lui-même que le lecteur découvre les choses. Je doute de ma capacité de parler de tout ça et de m’exprimer, en plus, en français !

Le Mal vous hante-t-il ? Quelle en serait sa définition contemporaine selon vous ?
Le mal, aujourd’hui comme hier, a beaucoup de visages. Mais je pense, surtout, aujourd’hui, au pouvoir politique qui écrase les droits, la voix et la vie des personnes. Le pouvoir politique dictatorial est un symbole puissant du mal. Depuis toujours, on le retrouve dans n’importe quelle relation entre les personnes. Même les relations de couple. Malheureusement, le mal n’est pas une théorie mais une réalité intimement liée à la nature humaine. Sans l’homme le mal n’existe pas. Ça me décourage.

Que vous reste-t-il aujourd’hui de Confiteor et qu’est-ce que ce livre a modifié en vous ?
Je ne sais pas ce qu’a changé en moi chaque livre publié. Je sais une seule chose : ce que je commence à écrire doit être digne de ce que j’ai écrit avant, si ce que j’ai écrit a un peu de dignité. Cela veut dire que chaque nouveau texte est pour moi toujours plus difficile à écrire.

Propos recueillis par Karine Papillaud

Commentaires

Les dernières discussions

Il n'y a pas encore de discussion sur cet article
Soyez le premier à en lancer une !

Lancez une discussion

Pour lancer une discussion, vous devez être connecté...
Vous n'avez pas encore de compte ? Rendez-vous ici et laissez-vous guider !