Interview de Charles Dantzig

mardi 27 septembre 2011

Ce n’est pas la légende qui compte, ce sont les livres

Interview de Charles Dantzig

Dans un avion pour Caracas, (Grasset)
Un intellectuel parisien décide de se rendre au Venezuela pour écrire un livre sur Chavez. Mais il disparaît, enlevé par une fraction trouble du pays. Le narrateur qui est aussi un fidèle ami, décide de le rejoindre. Le voyage jusqu’à Cararas est pour lui l’occasion de se replonger dans la vie de ce linguiste iconoclaste et séduisant, un homme pudique qui se cache derrière les mots.

 

 

 

- Après L’Encyclopédie capricieuse du tout et du rien et Pourquoi lire ?, vous revenez au roman avec Dans un avion pour Caracas (Grasset). Un roman qui mélange réflexions, essai et fiction. Une écriture assez fragmentée en fait…
Ce roman bénéficie de respirations qui viennent en effet de mes récents essais. Il semble fragmentaire, mais les liens sont en dessous, que je laisse mes lecteurs nouer. À partir du moment où il contient de la fiction, la forme d’un roman est ce que l’auteur décide. A la faveur de crise actuelle et de l’inquiétude qu’elle engendre, il y a un repli conservateur. Le réalisme revient de toutes parts, suivant l’illusion qu’il serait la description la plus honnête du réel.

Comme s’il y avait un seul réel. Le réalisme n’est jamais qu’un idéalisme du morose. Un de mes personnages dit :  La forme de nos vies change la forme de nos livres, et je pense qu’il a raison. Ce n’est pas la première fois que je tente cela. Nos vies hâtives était un roman composés de récits apparemment détachés les uns des autres, quant à Un film d’amour, c’étaient les témoignages par ses amis sur un personnage disparu. Déjà un disparu ! Dans Dans un avion pour Caracas, un personnage va chercher son ami Xabi disparu au Venezuela. Il y a même fui. Bien de mes romans ont à voir avec la disparition, la fuite, l’esquive.

-Vous portez une violente critique contre le régime de Chavez. Pourquoi ?
Il incarne le populisme tel que nous le vivons depuis 2001, l’histoire ayant été assez bonne fille pour nous indiquer la date où tout changerait. Une vulgarité envers les choses de l’esprit qu’il n’est pas le seul à incarner ; mon roman contient la description d’une émission télévisée française qui incarne très bien cela. Un des titres du manuscrit a été Xabi et Chavez, qui montrait l’opposition entre les choses de l’esprit et leurs ennemis. En fait, la politique a dans mon livre la même importance qu’elle peut avoir dans La Chartreuse de Parme : le contrepoint atroce du réalisme face à l’amour, celui que mon narrateur éprouve pour son ami disparu.

- Quel était votre rêve d’enfant ?
A 17 ans, je voulais devenir Robert de Saint-Loup, le délicat et héroïque personnage de Proust dans A la Recherche du temps perdu (A lire sur lecteurs.com). Avant cela, j’avais été amoureux de Fabrice del Dongo, le maladroit et fervent héros de La Chartreuse de Parme de Stendhal.

-Comment expliquez-vous la légende du « Dandy Dantzig » qui vous suit comme une ombre ? Votre brio, votre esprit, votre jeu avec l’érudition ? 
Je pratique la pudeur, et les esquives que sont mes "mots d’esprit" sont en réalité, je crois, une forme de politesse. J’ai une certaine facilité dans la conversation. Si cela peut servir, cela peut aussi être affreusement jalousé. Je dois dire que cela m’est égal. Ce qui m’importe, c’est que des lecteurs viennent à moi non pour une supposée "légende", mais pour ce que j’écris. Vous n’imaginez pas les gens délicats et passionnés qui sont venus à moi à cause de mes livres.

-Vous êtes romancier, essayiste… et poète ! 
Les modes d’expression sont liés à l’expression de sentiments spécifiques. Le roman permet d’exprimer certaines choses, les essais d’autres encore, etc. J’utilise par exemple la poésie, moyen d’expression des temps mythologiques, fait d’un grand raffinement et d’une grande violence, mais aussi le lieu des ellipses les plus compliquées, pour exprimer des émotions plus provocantes et plus secrètes. Elles seront lues par peu de lecteurs, mais les plus fins. En tout cas, je fais ce que j’ai envie de faire quand j’ai envie de le faire. J’ai retrouvé une photo de moi à l’âge de sept ans, avec une épée de bois et un regard à la fois angoissé et déterminé. Je crois que je suis resté cet enfant. 

 

Propos reccueillis par Karine Papillaud

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Photo : ©B.Charoy

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