Il faut beaucoup aimer les hommes de Marie Darrieussecq, lauréate du Prix Medicis 2013

lundi 04 novembre 2013

Passion dévorante et racisme ordinaire

Il faut beaucoup aimer les hommes de Marie Darrieussecq, lauréate du Prix Medicis 2013

 

Elle est la Française d’Hollywood. Finie, l’adolescente dont la découverte des premiers émois sexuels avait donné matière à « Clèves », le précédent roman de Marie Darrieussecq. Solange a donc quitté le Pays basque pour traverser l’Atlantique et tourne désormais aux côtés de Matt Damon et de George Clooney.

 

 

 


Dans une soirée mondaine, elle rencontre Kouhouesso Nwokam, autre « naturalisé » de L.A. : un Camourenais buriné, habitué aux seconds rôles, comme celui d’« un Jedi discret dans un des Star Wars ». Flirt, badinage de cinéma autour des prononciations américaines de « champagne ». Solange succombe pour cet homme noir, qu’elle considère comme son altérité absolue. L’auteur profite d’ailleurs de cette histoire d’amour mixte pour glisser quelques réflexions sur le racisme ordinaire... jusqu’à citer le « discours de Dakar » de 2007 !

Mais, problème pour Solange, Kouhouesso a une ambition dévorante : il veut faire une nouvelle adaptation cinématographique du roman de Joseph Conrad, Au cœur des ténèbres, et emmène Solange au Congo. Comme un écho au tournage d’« Aguirre, la colère de Dieu » ou, évidemment, d’« Apocalypse Now », l’aventure de Kouhouesso, dépassé par sa grande idée, s’avère forcément tumultueuse – pour ce passage, Marie Darrieussecq déclare d’ailleurs s’être librement inspirée du journal d’Eleanor Coppola, la femme de Francis Ford Coppola, lors des mois passés dans la jungle philippine et traduit en français, il y a deux ans seulement.

C’est donc un double exercice de style, plutôt réussi, que l’on retrouve dans « Il faut beaucoup aimer les hommes » – une citation empruntée à Marguerite Duras, qui la concluait par « sans cela ce n’est pas possible, on ne peut pas les supporter »). Il y a d’abord cette description crédible d’Hollywood et de ses faux-semblants, plus proche de Proust que de Bret Easton Ellis, malgré le name dropping. Un environnement qui permet cette analyse presque clinique de la passion solitaire de Solange, qui essaie désespérément de s’infiltrer dans la vie de son Kouhouesso, deux personnages pas vraiment ménagés par l’auteur jusqu’à la fin du livre...

Il faut beaucoup aimer les hommes, Marie Darrieussecq, éd. P.O.L.

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