Entretien avec Julien Bayou

vendredi 11 mars 2011

Membre de l’association Jeudi Noir

Entretien avec Julien Bayou

 

 

 

 

 

 

 

 

- On a l¹impression que le livre de Stéphane Hessel avait valeur prédictive au vu de ce qui se passe derrière la Méditerranée, qu¹en pensez-vous ?

Je ne sais pas si Stéphane Hessel a été beaucoup lu de l'autre côté de la Méditerranée, ni même si on peut transposer son livre. En tout cas il me semble qu’effectivement, et plus généralement, l’indignation peut être un concept assez souple pour comprendre la chute des régimes dictatoriaux arabes, au-delà des particularités nationales et culturelles. 

De ces sursauts de dignité populaire, imprévus, et non organisé, je ne pense que du bien. Ca permet de contredire à jamais ceux qui enfermaient ces peuples dans l'image de peuples soumis et inadaptés à la démocratie. Puissent ces différents fermants d'émancipation qui viennent du Nord (Islande) ou du Sud (Magrheb) « polléniser » un peu partout ! Que les autres se le tiennent pour dit : la capacité d’indignation est universelle.

- Et chez nous, elle se manifeste comment, la révolte ?
Nous votons tous les 5 ans, il y a donc des moyens de se faire entendre. C'est certes insuffisant, selon moi le civisme ne se résume pas au vote. Depuis quelque temps, la majorité a tendance à se faire "voler" le résultat,  parce qu'elle s'abstient ou parce que c'est un candidat minoritaire qui gagne.
Mais ça n'a rien à voir avec un système autoritaire évidemment. Mais il y a de quoi s’indigner sans passer par le jugement des urnes. L'attitude des banques, par exemple, suscite clairement l'indignation : elles méprisent les efforts énormes qui ont été consentis par la population pour maintenir le système en vie et surtout la situation de tous les français qui galèrent. C'est visible, c’est un mépris flanqué en pleine figure, cela en devient "indigne". Mais de l'indignation à la révolte il y a encore un monde.
 
- Alors, comment se révolte-t-on individuellement dans un pays démocratique ?
Ce sont les "petits gestes", de petites actions : changer de banque, d'alimentation. Ou les "grandes petites actions" individuelles ou collectives: donner du temps pour les soupes populaires pour nourrir des sdf, soutenir des sans papiers (se lever dans un avion pour qu'il ne puisse décoller est un tout petit geste, en soit, à peine plus de 50 cm de dénivelé, mais qui permet cependant parfois d'empêcher un renvoi de migrant), battre le pavé contre la réforme des retraites (soit à peine plus d’un km souvent sous le soleil avec des collègues sympas), occuper l'école de ses enfants pour protester contre la suppression d'un poste d'enseignant (et retrouver les joies des petites chaises et des crayons de couleur), prendre un bâtiment vacant pour dénoncer l'attentisme des pouvoirs publics.
Petites ou « grandes petites » actions se développent j'en suis certain, et sont une réponse adaptée à notre système. 
 
- Comment voyez-vous évoluer en France la prise de conscience citoyenne qui émane d’un peu partout dans le monde ?
A ceux qui accusent un peu rapidement la jeune génération, c’est-à-dire ceux qui ont 15-25 ans de moins qu'eux, de s'endormir et ne pas lutter, on a coutume de répondre à Jeudi-Noir : « pour pouvoir rêver il faut d'abord savoir où dormir ». Aujourd’hui une grande partie de la population a la tête dans le guidon, entre coût des gardes pour les parents, prix de l'enseignement, éloignement des services de santé, du logement, galères de transport pour les franciliens, crédits multiples qui interdisent tout écart ou mutuelle, crainte de la perte d'emploi etc...
 
Bref, un terreau très différent de la génération "bénie" des années 60 qui était nombreuse, comme la jeunesse au Maghreb actuellement. En France, les plus de 65 ans sont plus nombreux que les moins de 25 ans. La manif est un outil privilégié qui ne vise pas forcément à tout mettre à bas ou tout reconstruire.
 
Propos reccueillis par Karine Papillaud

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