Encore des rencontres passionnantes au Salon du livre de Paris

mardi 24 mars 2015

J#3 au Salon du livre. Quand les ados nous bluffent...

Encore des rencontres passionnantes au Salon du livre de Paris

Nous avons demandé à Dominique, une de nos fidèles lectrices, si elle acceptait d'être notre envoyée spéciale au Salon du livre de Paris pendant 4 jours et de nous faire part de toute l'activité du Café littéraire de lecteurs.com mais aussi du Salon.
Dominique a accepté le défi avec beaucoup d'enthousiasme et a chaussé ses chaussures les plus confortables pour arpenter le Salon.
Merci Dominique !


Troisième journée, dimanche 22 mars 2015

 

 

10h00. Lorsque j’arrive sur le Salon, malgré le froid il y a un monde fou à l’extérieur. Le calme règne dans les allées, je sais que ça ne va pas durer.

11h00. Sur le stand de lecteurs.com, les libraires de parislibrairies.fr donnent des conseils de lecture, parlent de ces livres auxquels on ne pense jamais. Aujourd’hui j’ai retenu De l'éperdu d’Annie Le Brun, présenté comme un livre qui aide à mieux lire. C'est une idée géniale de lire non pas pour aimer le livre mais pour ce qu'il nous apporte.

11h30 et 14h30. Rencontres avec 2 clubs de lecture ados animées par une libraire du Divan et une libraire de La Belle Lurette. Arrivés en avance, ils écoutent attentivement nos libraires. Puis tour à tour ils présentent leurs coups de cœur. J’en retiens quelques verbatim, tout d’abord leurs conseils :

« Je le conseille parce qu'il fait réfléchir et en même temps c'est très drôle ».
« Un livre hyper poignant parce qu'il est bien écrit ». « Quand j'ai fini ce livre j'ai pris une grande respiration, parce que dans ce livre, les gens ne respirent pas ».
« Je l’aime parce que les pages ne sont pas droites, c'est désordonné et c’est de super histoires ». « C'est original, on suit plusieurs histoires, le héros n'a pas tout, quelque chose lui a été retiré et j'aime ce concept (le héros a un handicap physique) ».

C’est terriblement passionnant de les écouter, de voir ce qu’ils lisent. Comment choisissent-ils leurs lectures, qu'est-ce qu’ils y cherchent, voici quelques-unes de leurs réponses :
« Sur les conseil du libraire qui commence à me connaître, grâce au club de lecture, cela m’a permis d’aller vers d'autres styles de lectures ».
« J'ai des habitudes, j’aime les récits de vie qui font pleurer, sentir les sentiments. Le club de lecture c'est bien, tu peux y trouver des livres passionnants ».
« Je lis des romans historiques, pour connaître des lieux qu'on n'a pas regardé, des choses qu'on ne vivra jamais parce qu’elles se passent dans les temps anciens, mais pas au Moyen-Age quand même ». « C'est le titre qui me donne envie ». « Il faut que ça s'approche de la réalité ». « Je ne veux pas lire de livres qui parlent de la vie parce que ça on peut le vivre, ça peut arriver. Je lis plutôt des choses irréelles. Je choisis parfois pour le titre et la couverture ».

Quelle est leur relation à la littérature pendant leurs cours, est-elle adaptée à leurs goûts, qu’y trouvent-ils :
« Il y a énormément de classiques, de théâtre, mais il faut les lire pour mieux apprécier les autres lectures et c'est important pour le bac français ».
« On se reconnaît plus dans les romans d'aujourd'hui mais c'est bien de sortir de ce qu'on aime. Tout dépend du classique, les Misérables c'est très différent du Petit Prince ».
La libraire animatrice d’un des clubs de lecture explique qu’elle est très surprise car ils présentent aussi des livres qui les ont ennuyés, des classiques qu’ils doivent lire à l'école et même des livres dont ils pensent qu'ils auraient pu les aimer mais qu'ils trouvent mal écrit. C'est important de comprendre que chaque livre fait avancer dans ses choix, ses avis, son parcours de lecteur, qu’il faut donc lire également ce que l’on n’aime pas. C’est d’ailleurs ce que nous disait Serge Joncour hier.

Ce qu’ils aiment le plus ? Les livres pour la jeunesse, y compris pour bien plus jeunes qu'eux, mais aussi pour adultes. Ils piochent dans tous les genres, polar, science-fiction, classique, etc. C'est manifestement un vrai plaisir pour les libraires qui animent ces clubs de lecture. J’ai l’impression d’écouter des passionnés et je suis surprise de leur niveau d’appréciation et d’exigence envers leurs lectures. Cela m’a rappelé le Prix Clara 2014, édité chez Héloïse d'Ormesson, dont l
e dernier livre m’a été offert par lecteurs.com. J’avais été surprise de constater le niveau de ces jeunes écrivains de nouvelles.

De 17 au 31 juillet 2015, lecteurs.com sera partenaire du CNL (Centre National du Livre) pour la Fête du livre pour la jeunesse, qui se passera sur tout le territoire, sur de grands sites, à Paris et en province. Cette fête ira à la rencontre du public de jeunes lecteurs pour une fête conviviale et populaire.

15h30.Rencontre avec Émilie Frèche, lauréate du Prix Orange du Livre en 2013 pour son roman Deux étrangers chez Actes Sud.
Emilie est un écrivain multiple, elle vient de terminer un roman et a co-écrit en parallèle un scénario pour un film. L'an dernier elle faisait partie du jury du Prix Orange du Livre et a contribué à l’élection de Maylis de Kerangal. Même s’il n’est pas toujours aisé d’avoir un œil critique sur d'autres romans et sur ses pairs, au final, choisir un livre ce n’est pas renoncer à d'autres. Elle ne porte pas un jugement, elle parle simplement du livre qui l’a emportée ou pas. Pour elle, Réparer les vivants est réellement un très grand livre.
Elle explique qu’elle a réellement mesuré l'exploit d'avoir eu le prix un an après, lorsqu’elle est devenue jurée. Elle a aimé la liberté d'amener au jury les titres que l'on aime, en plus de tous ceux qui sont sélectionnés. Puis il faut en garder 30 et enfin 5. C’est alors qu’on prend la mesure de la difficulté. Il y a de la bagarre, de la passion, c’est un sujet sérieux, important. Les non professionnels sont presque les plus passionnés, ce sont des lecteurs assidus, avertis. D'où l’importance de ce prix.

Pour Emilie Frèche, l'écriture est une colère, presque une perversion, elle aime se contorsionner, la manipulation psychologique lui plaît. Il est nécessaire de modifier la réalité, de la travailler pour qu'elle entre dans le roman. Et même si elle se base sur des personnes réelles pour leur créer une autre vie, l’écriture est l’endroit du fantasme, c’est le moyen d’avoir le père et la mère qu'on n'a jamais eu. Et forcément les livres qu'on écrit se répercutent dans votre propre vie, dans votre réalité. Elle n’imagine pourtant pas qu’elle pourrait écrire sans être publiée. La publication c'est un peu le nœud sur le cadeau. Elle écrit avec son oreille, tout est réécrit, peaufiné, pour obtenir la musicalité souhaitée. En cela elle rejoint quelques autres auteurs qui sont venus parler de leur travail sur le Salon ou que j’ai pu entendre lors de tables rondes. Pour tous, la musicalité des phrases est essentielle à l’aboutissement du roman.

J’aime lorsqu’Emilie nous dit qu’elle a longtemps pensé avoir besoin d'un cadre (un bureau, un espace) pour écrire, « En fait je suis chez moi dans l'écriture ».
Emilie Frèche confesse l’angoisse que tout s'arrête, alors qu’elle a déjà publié douze livres. Elle considère comme une chance inouïe d'arriver au bout d’un roman, cela lui prend en moyenne deux ans d'écriture. C’est un « truc » qui est là mais qui peut s'arrêter à tout moment, car elle n’a pas de plan prédéfini. Elle se lance et les idées viennent en écrivant. Si elle ne publie pas, elle n'existe pas. Ecrire tient du marathon. Il faut une réelle force pour écrire, elle évoque la puissance physique d’un Hemingway, car c’est difficile de travailler à partir de rien.

Que peut-on sacrifier pour écrire un livre ? Quelque part, écrire, c’est l’histoire d'une descente aux enfers. Il faut se mettre en condition de « colère » pour se remettre à écrire. La réalité influe sur les textes et les textes changent à leur tour son rapport aux autres. Écrire, c'est un chemin, c'est peut-être ce qui fait qu'à chaque fois on écrit un autre livre.
Son prochain roman, Un homme dangereux, sera publié en septembre chez Stock. Elle s’avoue un peu déprimée quand c'est fini, même si c’est une sorte de délivrance. 
J’ai découvert une femme formidablement agréable, sincère, lumineuse, solaire, qui dégage une force et un enthousiasme communicatif et qui m’a donné envie de lire ses romans.

Dans l’après-midi je pars en voyage. Je fais une incursion au pavillon Cracovie et Wroclaw pour y écouter le débat sur la poésie polonaise, en particulier les poètes de la Nouvelle Vague. Qu’est-ce qui les caractérise le mieux, résistance, opposition politique, conflit générationnel, je ne sais qu’en penser. Puis je vais du côté de la littérature des Outre-Mer. Quelques illustrateurs de livres pour enfants réalisent une belle fresque colorée sur le stand de l’Ile de la Réunion. Cela me donne des envies de nouveaux horizons.

17h30. Rencontre avec Miguel Bonnefoy, auteur du roman Le voyage d’Octavio, dans la sélection des 30 livres du Prix Orange du Livre 2015. Un auteur sympathique, agréable, dynamique, et qui prend le temps de dédicacer son livre pour l’équipe de lecteurs.com.

19h30. Je quitte le Salon du livre en passant devant un café brésilien caché dans un coin, une jeune femme chante accompagnée à la guitare. C’est un instant magique.

© Dominique Sudre

 

Pour découvrir les billets de Dominique au Salon du livre de Paris : 

J#1 - Quand notre envoyée spéciale Dominique nous fait découvrir le Salon du livre

J#2 au Salon du livre, Dominique continue d'explorer les allées

J#3 au Salon du livre. Quand les ados nous bluffent...

J#4 au Salon du livre, l'aventure brésilienne

 

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Où trouver « Deux étrangers » en librairie ?

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