"Dépendance Day" de Caroline Vié - la chronique #20 du Club des Explorateurs

jeudi 16 avril 2015

"Dépendance Day" de Caroline Vié - la chronique #20 du Club des Explorateurs

Lancé en janvier 2015, le Club des Explorateurs permet chaque semaine à deux lecteurs de lire en avant-première un même titre que nous avons sélectionné pour eux et de confronter ainsi leur point de vue.

Cette semaine, Soizik a choisi Lydie pour partager sa lecture et son avis sur le livre Dépendance Day de Caroline Vié (JC Lattès).

 

L'avis de Soizik

Dépendance Day de Caroline Vié commence comme un roman. L’auteur nous entraîne dans les pas de Morta, jeune femme écrivain, fille de Clotho – sa mère.

Par petites touches elle reconstruit, en allers-retours vers le passé, l’histoire de ces deux femmes aux prénoms rares témoignant du lien avec l’arrière grand-père de Morta. Il avait appelé sa propre fille Lachésis en l’honneur des Parques, divinités romaines de la destinée humaine. Lachésis perpétuera la tradition en prénommant sa fille Clotho, elle-même nommant la sienne Morta. Ce fil invisible tissé par les prénoms nous annonce déjà celui, plus redoutable, du funeste destin de ces trois femmes.

Mais tout cela n’est qu’un peu de poudre aux yeux car très vite elle nous fait entrer dans le vif du sujet, dans un style qui pourrait d’abord sembler léger, drôle : la grand-mère Lachésis ne va pas bien. La narratrice qui remonte à ses 16 ans se souvient de la lente dégradation de Lachésis, mais ne prononce pas encore le terme fatidique. C’est pour sa mère Clotho qu’elle ne pourra plus l’ignorer : Alzheimer.

Alors très vite le roman bascule. Est-ce une autobiographie ? Une autofiction ? La dédicace me revient alors en mémoire : « A ma mère que j’ai enfermée. A ma fille qui m’enfermera ». Car la menace plane sur sa tête. Comment vivre avec ?

A partir de cet instant, je ne lis plus ce livre de la même façon. J’ai l’impression de vivre un peu son expérience avec la narratrice. Malgré son sens de l’humour et sa prise de distance, nous ressentons combien cette maladie est dévastatrice pour toutes les familles qui y sont confrontées. « L’épouvante a cela d’amusant- écrit-elle- qu’on n’en touche jamais le fond ».

Je pense que pour Caroline Vié il était vital d’écrire ce livre. Pour nous lecteurs, elle réussit à mettre en mots les moments qu’elle a traversés : drôles, terribles, épouvantables sans jamais céder au pathos ou à l’émotion facile.

Je ne peux dévoiler la fin aux éventuels lecteurs car elle donne toute sa force au récit. On n’en sort pas indemne. Mais lisez ce beau livre.

Soizik Gromama

 

L'avis de Lydie

Caroline Vié nous emmène vers un sujet grave et douloureux avec amour et élégance. J'ai tout simplement adoré ce moment de lecture.



Le gène de la maladie d'Alzheimer se transmet de mère en fille dans la famille quelque peu excentrique de Morta. Sa mère, Clotho, en est atteinte et le roman débute. Il nous emmène de médecins en spécialistes avec un regard extérieur teinté d'humour poignant, de trous de mémoire en gestes incohérents, d'émotions en réflexions sur la dégénérescence.



Dépendance Day, quel beau titre, est aussi un roman sur les âges de la vie, sur le sens du temps qui passe ; "Alors ce n'était que ça, la vie? Un truc plaisant parfois, souvent désagréable, insignifiant surtout où surnagent des joies, des chagrins et une absence. Une fois le bovarysme de l'hyperactivité envolé, il ne reste plus rien que le temps de penser. Pendant qu'on vivait sans se préoccuper de rien, en se souciant de tout, la porte du possible s'est doucement refermée sans même grincer pour nous en informer..." (page 115).



Et de nous conduire avec acuité de maisons spécialisées en hôpitaux déshumanisés qui sentent l'urine et le désinfectant bon marché. Est-ce là que certains finissent leur chemin ? Et de nous faire assister avec esprit à une effrayante crémation dans un funérarium sinistre... Et la vie (Caroline Vié a-t-elle un nom prédestiné, l’accent en plus ?) reprend si on peut dire. Pour trébucher à nouveau.

 Dépendance Day est un livre sensible, caustique, profond et parfois impitoyable.

C'est un livre où l'on sourit beaucoup, qui prend beaucoup de distance avec les faits pour résister à la douleur et au désespoir. Belle réussite ! Lisez-le.

Lydie BO

 

Merci à Soizik et Lydie pour ces chroniques passionnantes !

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