David Lefèvre, le vagabond

lundi 16 juillet 2012

Interview d'un écrivain-voyageur

David Lefèvre, le vagabond

 

Des Etats-Unis à l’Inde, de l’Asie centrale à la Chine, David Lefèvre, infatigable globe-trotter, ne pose ses valises que pour écrire ses voyages. Cet inconditionnel de Nicolas Bouvier vient de publier Aux quatre vents de la Patagonie : en route pour la Terre de Feu, aux éditions Transboréal.

Deux autres ouvrages paraîtront d’ici à la fin de l’année : La Vie en cabane, Petit discours sur la frugalité et le retour à l’essentiel et Solitudes australes, Chronique de la cabane retrouvée… Rencontre. 

 
 
 
 
 
 
 
Vous vous définissez comme un « vagabond ». Un éternel « nomade » ?
Au terme « nomade », définitivement associé à des cultures non sédentaires, je préfère celui de « vagabond », qui correspond à mes lectures d’enfant ? Jack London, Harry Martinson… Mes héros étaient ces « hobos » qui hantaient leurs pages. Je rêvais de leur vie d’itinérance entre deux trains de marchandises dont ils sautaient en roulé-boulé. Le vagabond possède ce luxe d’un rapport léger au temps. Il sait quand il part, jamais quand il rentre : une confusion permanente du départ et du retour, qui me permettait d’échapper aux mâchoires d’une vie figée, entre les carcans du triptyque « métro-boulot-dodo »…
 
Pourquoi mêlez-vous voyage et écriture ?
Sur les routes, j’ai noirci des carnets pour rendre compte de cette profusion autour de moi, de ces mondes nouveaux : retranscrire, consigner les odeurs, les sensations, les rencontres, les visages, les impressions… Ecrire pour relater cet émerveillement quotidien. 
 
Vous nourrissez une véritable fascination pour Nicolas Bouvier, à qui vous avez consacré un essai(1) et une exposition(2). En quoi est-il un modèle pour vous ? 
Quand j’ai lu Bouvier, il m’a conforté dans mes sensations, dans mes réflexions… Ses récits reflétaient à la perfection ce que j’éprouvais. Il possède cette capacité exceptionnelle de décrire, avec une infinie justesse, la chaleur humaine. Son écriture, d’une simplicité absolue, sait mettre des mots sur ce que l’on peine à verbaliser : le sentiment du voyage… Et puis, ce « flâneur planétaire », tel qu’il se surnomme, bénéficie d’une contemplation bienheureuse. Et bientôt… ce n’est plus lui qui fait le voyage, mais bien « le voyage qui le fait ». 
 
Dans votre ouvrage Aux quatre vents de la Patagonie, vous poursuivez une légende : la mythique Cité des Césars… Le fil rouge de votre récit ?
Mon histoire correspond aux dix-huit mois passés à traquer cette légende du XVIe siècle, de l’île de Chiloé jusqu’en Terre de Feu. Ma quête, mon prétexte et mon épopée se nourrissent de témoignages de personnes croisées, de recherches érudites dans les bibliothèques de Santiago et de Buenos Aires, d’éléments d’actualité, de ma connaissance de ce territoire et d’épisodes historiques… Mon ouvrage possède des entrées multiples, que je souhaitais éloignées des images d’Epinal de la Patagonie. 
 
Vous vous assumez « cueilleur de mémoire »… Pour quelles raisons ?
Région au peuplement récent et clairsemé, la Patagonie souffre d’un manque de « collectage »… Ici, comme partout dans le monde, la transmission orale décline, et cette parole précieuse ? des pionniers et de leurs descendants ? risque de disparaître. Il y a urgence à  glaner cette mémoire, à donner le verbe à ces anonymes, seuls passeurs de leur culture. 
 
Où vous êtes-vous sédentarisé pour écrire vos ouvrages ? 
Dans une yourte dans la forêt de Brocéliande, dans ma cabane au Chili, en contact avec la nature, pour méditer, me recueillir… En bref, dans des lieux étapes pour les nomades, les vagabonds. 
 
L’écriture constitue-t-elle un prolongement du voyage ?
Elle y met un point final. Parfois, lorsque nous revenons d’un périple, nous éprouvons une sorte de vide, de néant. Finalement, malgré une quête, un but poursuivi, l’essentiel résidait dans le chemin… L’écriture permet de synthétiser, de faire le bilan, de tourner la page. Et de repartir. 
 
(1) Dans le sillage d’un saumon genevois remontant à ses sources (éd. Europe).
(2) Nicolas Bouvier, flâneur planétaire.
 
 
 

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