Dans l’intimité de....Philippe Grimbert

mardi 02 août 2011

Dans l’intimité de....Philippe Grimbert

Philippe Grimbert est un essayiste et romancier français. Il s’est fait connaître en publiant Un secret, prix Goncourt des lycéens en 2004 et prix des lectrices de Elle en 2005, adapté au cinéma par Claude Miller en 2007.

Il est l’auteur de La petite robe de Paul en 2001, roman publié juste après La Fille de l’être (1998), La Mauvaise rencontre (2009) et Un garçon singulier (2011).

Ecrivain et psychanalyste, il  travaille en cabinet prié mais aussi en institut médico-éducatif auprès d'adolescents étant autistes ou psychotiques.

©Roberto-Frankenberg

 

- Comment expliquez-vous l’omniprésence du secret, de la clef cachée qui explique tout dans votre œuvre ?
Chaque auteur a un thème de prédilection. Dans mon cas, cela me semble une évidence : le secret, et particulièrement le secret de famille, fait partie de mon histoire. J’ai grandi sous son aune et il me poursuit dans mon travail littéraire. Quelque chose me pousse dans cette direction depuis que j’écris, et pas seulement des romans, mes essais témoignent du même souci : Chantons sous la psy, par exemple, était une tentative de percer le secret du succès de la chanson. Et puis, s’il y a une dimension secrète en nous, c’est bien celle des désirs inconscients, le domaine du psychanalyste que je suis.

- C’est en tout cas un des rouages possibles pour le polar. Seriez-vous tenté par ce genre littéraire ?
J’ai toujours eu très envie d’écrire des polars. J’adore en lire, mais je me demande si je saurai en faire, le polar obéit à des règles bien précises, une construction exigeante, or j’aime me laisser surprendre par mon histoire. Quoiqu’il en soit, j’aime que mes livres, bien qu’intimistes, soient étoffés d’une dimension d’enquête qui s’apparente au polar. Je suis heureux quand j‘entends qu’on les qualifie de thrillers psychologiques. La cure analytique s’apparente d’ailleurs aussi beaucoup à une enquête policière…sauf qu’on n’y cherche pas le coupable !

- Dans votre nouveau roman, Un garçon singulier (Grasset), vous mettez en scène un adolescent autiste sans jamais nommer la maladie. Quels moyens a le romancier pour en faire un personnage non pas pathologique mais singulier ?
Il y a une ligne de partage entre la clinique et la littérature. J’ai créé un narrateur qui ne s’intéresse pas à la clinique. La clinique ne s’intéresse pas à la poétique des enfants autistes et reste chevillée à la question du sens. Si je ne parle jamais d’autisme dans le livre, c’est pour préserver la poétique de cet adolescent, afin d’éviter un diagnostic qui mette une étiquette sur l’individu et le fasse disparaître derrière le symptôme, ce qui annulerait la dimension romanesque du livre. Iannis, ce jeune autiste, a par exemple, l’habitude d’écrire des mots sur des surfaces vouées à s’effacer, comme la buée sur les vitres, le sable humide de la plage, etc. Le clinicien le reliera au fait qu il ne s’inscrit nulle part dans le réel de la vie. Le romancier, au contraire, s’attachera à la dimension poétique de l’écriture qui s’efface, ce qui n’a rien à voir avec la maladie. 

 - Vous êtes psychanalyste. Quels sont les ponts qui mènent de l’analyse de la psyché à l’écriture de romans ?
Contrairement à ce que l’on pourrait penser, c’est l’écriture qui m’a amené à la psychanalyse et non l’inverse. Par ailleurs, la psychanalyse et le roman ne font pas forcément bon ménage ! J’aime créer des personnages pour débusquer leurs failles, comme l’analyse débusque le lâche sous le héros, l’enfant blessé sous l’homme d’affaires sûr de lui… Une cure analytique est aussi la reconstitution d’une histoire individuelle. Je crois que le pont entre analyse et roman se situe dans la traversée des apparences.

- Qu’est-ce qui déclenche chez vous la nécessité de l’écriture ?
Il faudrait que je devienne analyste de moi-même pour vous répondre ! L’écriture est pour moi une formidable jouissance depuis les premières rédactions de l’école. Ces compositions écrites étaient une corvée pour mes camarades et un grand bonheur pour moi : on me demandait de raconter une histoire et j’avais un lecteur, le professeur. L’écrivain que je suis aujourd’hui commence par entendre dans la tête comme une petite musique lancinante, parfois plusieurs mois avant le début de l’écriture d’un livre, et qui fait que peu à peu le sujet s’impose à moi. Mais pourquoi tel sujet plutôt qu’un autre ? Ca, je ne saurai le dire, mais peut être y a-t-il un évènement déclenchant au début de l’aventure de chaque livre. Dans La Petite Robe de Paul, c’est une robe dans une vitrine qui a fait jaillir le sujet. Les tombes de chiens sur les terres du château de la fille de Laval ont déclenché Un secret et le retour sur la plage de mon enfance est à l’origine du Garçon singulier. Il y a toujours pour moi une rencontre à l’orée d’un roman.

Propos recueillis par Karine Papillaud

Un Garçon singulier, Philippe Grimbert, Grasset, 2011
«Recherche jeune homme motivé pour s’occuper d’un adolescent singulier en séjour avec sa mère à Horville (Calvados).» En 1968, un étudiant revient sur la côte normande, qui fut aussi le lieu de vacances en famille dix ans auparavant, pour s’occuper d’un adolescent pas comme les autres. L’occasion pour lui de revenir sur les pas d’un secret poignant, et de devenir, en l’espace de quelques semaines, un homme.

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