Crime et châtiment au Moyen Âge de Valérie Toureille

vendredi 08 février 2013

Les contours de l'ordre public se dessinent au Moyen Âge

Crime et châtiment au Moyen Âge de Valérie Toureille

 

Agrégée d'histoire et maître de conférence d'histoire du Moyen Âge à l'université de Cergy-Pontoise, Valérie Toureille s'intéresse particulièrement à la délinquance médiévale. Après sa thèse en décembre 2000 sur le thème : Voleurs et brigands au Nord du royaume de France à la fin du Moyen Âge, récompensée d'un prix de la Chancellerie des Universités de Paris, elle publie Vol et brigandage au Moyen Âge (2006). Son dernier titre, Crime et châtiment au Moyen Âge livre une étude documenté de la criminalité qui bat en brèche certains clichés.

 

 

 

 

 

Le Moyen Âge, qui court sur presque mille ans, du Haut Moyen Âge au XVe siècle, est sanglant et cruel. Et notre imaginaire collectif véhicule l'idée d'une brutalité banalisée où la vengeance remplace la justice. C'est pourtant à cette période que le droit connaîtra des avancées majeures : la jurisprudence et le droit commencent alors à s'écrire, les juges se fondant sur leur propre expérience pour palier l'absence de législation. La justice médiévale peut surprendre le citoyen d'aujourd'hui, dans son organisation, avec une concurrence des juridictions, éparpillées entre seigneuries foncières et justice d'Église, qui permet aux délinquants d'échapper parfois aux juges.

Autre source d'étonnement, une définition large et polymorphe du crime sous laquelle se trouvent réunis pêle-mêle : vol, homicide ou incendie, mais aussi sortilège, parjure, trahisons, lèse-majesté ou encore adultère. Des infractions qui relèvent d'interdits de l'église ou du droit laïc et regroupent les actes qui choquent la morale ou la conscience collective.
La lecture de l'infraction est ici mise en perspective par rapport au contexte culturel de l'époque et analysée au regard de ses conséquences économiques sur la société médiévale. Une contextualisation qui explique par exemple que l'incendie était réprimé par la peine de mort car assimilé à un homicide plus qu'à une atteinte aux biens : il mettait en péril la vie de ceux qui habitaient le bien incendié ou menaçait la communauté de famine quand les flammes avaient ravagé les récoltes. L'homicide, quant à lui, n'était d'ailleurs pas forcément pénalisé s'il était motivé par l'honneur, une des valeurs socle de la féodalité.

Richement documenté, l'ouvrage de Valérie Toureille livre, par son analyse de la criminalité et des peines, une approche sociologique de la société médiévale, structurellement violente du fait de sa moyenne d'âge "La société médiévale est d'autant plus querelleuse que les hommes et les femmes qui la composent sont jeunes, batailleurs et indisciplinés. Jeune, le corps social l'est par effet de la démographie, où dominent les générations de moins de 30 ans."

Quant à l'éventail des peines, souvent atroces, il permet au juge d'adapter le châtiment. Crime et châtiment au Moyen Âge entre documents d'époque et analyse socio-historique permet de comprendre comment s'est élaboré le droit français et sa justice, qui s'est professionnalisée à cette époque.

Agathe Bozon

Crime et châtiment au Moyen Âge, Valérie Toureille, le Seuil, (2013)

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