[Club des Explorateurs] #67 : "Le jour se lève et ce n’est pas le tien" de Frédéric Couderc

jeudi 22 septembre 2016

Rentrée Littéraire 2016 Editions Héloïse d’Ormesson

[Club des Explorateurs] #67 : "Le jour se lève et ce n’est pas le tien" de Frédéric Couderc

Le Club des Explorateurs permet chaque semaine à deux lecteurs de lire un même titre que nous avons sélectionné pour eux et de confronter ainsi leur point de vue.

Cette semaine, Mireille et Michelle ont lu « Le jour se lève et ce n’est pas le tien » de Frédéric Couderc (Héloïse d’Ormesson)

 

L’avis de Mireille :

 

2009 : à New-York, Léonardo exerce avec brio son métier de gynécologue obstétricien, entouré de son épouse Alice et de ses deux enfants. A la suite d’une violente agression diligentée par le mouvement "pro-life", il se remet du coma dans lequel il était plongé, laissant émerger ses questions sur le passé. Pourquoi Dora, sa mère qui l’a élevé seule, décédée récemment, "n’avait-elle pas choisi pour son repos éternel un lieu situé près de City Island, l’enclave du Bronx où elle avait passé sa vie"? Elle a souhaité être inhumée dans le cimetière de Long Island, là où se trouve un carré destiné aux cubains. Dans quelles circonstances lui, Léonardo, né à Cuba est-il arrivé aux USA ? Serait-il un "pedropaners", un de ces enfants envoyés ici dans le cadre de l’opération "Peter Pan" ?

A travers le "livre de Dolores" puis grâce à ses investigations sur sa terre natale, Léonardo tirera les fils secrets d’un écheveau constitué depuis 1959 à la Havane…

Comme un prétexte, Frédéric Couderc construit l’histoire d’une famille et de ses secrets autour du contexte historique de Cuba à partir de 1959, la fin de Batista avec la révolution menée par les frères Castro et d’autres personnes beaucoup moins populaires mais combien engagées, tel Camilo Cienfuegos, resté dans l’ombre des frères Castro.

Disparu accidentellement selon la thèse officielle, Camilo, membre de la junte castriste, ne cautionnait pas les petits arrangements entre amis comme la libération monnayée de prisonniers, n’approuvaient pas les exécutions …Aussi la version selon laquelle Camilo, disparu accidentellement, aurait été la cible de Raul Castro apparaît-elle encore très plausible. Si la personnalité de Camilo est plutôt bien brossée, j’ai regretté que l’auteur ne dévoile pas plus précisément ses actions au sein du mouvement révolutionnaire.

 

Dans ce contexte historique, la vie privée de Camilo joue un rôle primordial dans le roman. Qui était cet homme ? Celui "qui avait la réputation de secourir à peu près toutes les jeunes femmes de la Havane pour qu’elles finissent dans son lit ?", ou celui qui rêvait d’une révolution "propre", celui qui aspirait à la démocratie et qui était aimé des révolutionnaires cubains…?

Ce roman attise d’autant plus la curiosité du lecteur sur l’histoire de Cuba au moment où la politique de cette île bascule sensiblement depuis la levée de l’embargo, la visite de Barak Obama premier président à se rendre sur l’Ile depuis 1928 et très dernièrement le premier vol régulier depuis 55 ans.

Sur l’autre aspect, celui qui tisse la trame du roman, Frédéric Couderc met en scène la complexité des liens familiaux, les douleurs engendrées par les secrets de famille et les difficultés à vivre quand on ne connaît pas ses racines. Sur ce sujet, m’est revenu en mémoire le roman de Karine Sylla , Autour du soleil  dont l’un des personnages exprimait ainsi "on est prêt à tout inventer pour combler le manque de souvenirs". Ici, Léonardo s’interroge "Le cerveau enfouirait-il des scènes douloureuses dans les tréfonds de la mémoire pour nous permettre d’avancer cahin-caha sur le chemin de l’existence" ? Et puis, est-il nécessaire de découvrir un passé susceptible de tourmenter l’avenir ?

 

L’auteur explore les sentiments avec justesse.

Même si je n’ai pas été bouleversée par de fortes émotions, même s’il m’est arrivé de revenir en arrière à cause de la temporalité des faits et la succession des narrateurs, même si à mon goût l’intrigue est trop vite identifiée et enfin, si les personnages me semblent trop nombreux, je me suis laissé conduire par l’histoire portée par l’écriture et le style de l’écrivain que je découvrais.

C’est une écriture efficace dans ce sens où le vocabulaire employé est simple et précis ; quant au style, contrairement à l’attente que pouvait laisser envisager le titre : extrait de chants libres d’Amérique Latine du poète Pablo Neruda, la poésie s’arrête là car j’ai davantage retrouvé un style journalistique qui convient d’ailleurs bien à la nature de cet ouvrage qui se situe aux lisières d’une saga familiale, du roman sentimental et du polar.

 

© Mireille Brochot

 

L’avis de Michelle :

 

La mère de Léonard, cinquantenaire bien établi en tant que médecin obstétricien newyorkais, vient de mourir. Elle a tout organisé pour ses funérailles, et souhaite se faire enterrer au sein du cimeterre cubain de Long Island. Pourquoi n’avait-elle pas choisi le quartier où elle avait vécu ?

Lorsque Léonard sort du coma, suite à une agression violente après une de ses consultations bénévoles dans un planning familial, il veut savoir ce que sa mère lui a caché et sait qu’il doit remonter le  passé pour  éclaircir ses origines, et surtout repartir sur les traces de son père. Camillo, guérillero cubain (qui a réellement existé!!) au cœur pur qui croyait à la révolution et ne voulait pas cautionner les arrangements entre Raul, Fidel Castro et leurs hommes de main, et Dolorès, sa mère, issue de la famille bourgeoisie – proche de Batista- de Cuba, dont la vie sera totalement transformée suite aux événements de 1959 et à sa folle histoire d’amour avec Camillo.

Léonard partira sur la trace de ses parents à la Havane, et découvrira l’histoire de ses parents et de ce pays, et en particulièrement l’assassinat de son père par le régime castriste.

 

Cette histoire se déroule en deux temps, New-York à notre époque, et Cuba en 1959 où Camilo et Dolorès vont s’aimer alors qu’ils sont tous les deux issus de milieux différents. Le "journal de Dolorès"  sert de fil rouge pour nous refaire vivre cette période si particulière de Cuba, où tout bascula.

"Le jour se lève et ce n’est pas le tien" mêle romanesque et roman historique. Il nous entraîne à Cuba, dans ce pays figé par les frères Castro, où malgré la décrépitude du pays, l’auteur nous donne l’envie de le découvrir !!

J’ai aimé le côté historique, même si je me suis un peu noyée dans tous les personnages.

Je le recommande, c’est une belle histoire !!!

 

© Michelle Millet

 

Merci à Mireille et Michelle pour leur lecture attentive du roman et pour leurs chroniques ! 

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