[Chronique] #59 Club des Explorateurs : "La femme au colt 45" de Marie Redonnet

lundi 20 juin 2016

[Chronique] #59 Club des Explorateurs : "La femme au colt 45" de Marie Redonnet

Le Club des Explorateurs permet chaque semaine à deux lecteurs de lire un même titre que nous avons sélectionné pour eux et de confronter ainsi leur point de vue.

Cette semaine, Danielle et Laure, nos deux explorateurs, ont lu La femme au colt 45 de Marie Redonnet éditions Le Tripode.

 

L’avis de Danielle Pavani :

 

En premier lieu, je dois dire que la femme au colt 45 a été pour moi une fabuleuse découverte et ce, pour plusieurs raisons.

Tout d'abord, j'ai été attirée par la couverture, aux couleurs vives, au dessin un peu naïf, sur laquelle on voit un bateau et un titre " la femme au colt 45 ". Je me suis donc posé la question de savoir quelle pouvait être la trame de l'histoire, avec ces deux éléments qui me paraissaient si éloignés l'un de l'autre. 

Ensuite, j'ai plongé dans ce roman et je me suis retrouvée en Azirie, un état limitrophe de Santarie, en compagnie de Lora Sander, une femme de " presque 50 ans ", actrice et épouse de Zuka, le directeur du Magic Théâtre. Mais cet établissement sera obligé de fermer, Zuka sera emprisonné et leur fils, Giorgio entrera dans la résistance. Lora décide alors de prendre la fuite et le chemin de l'exil avec son colt 45,(une arme de collection, cadeau de son père) qui sera en quelque sorte, le fil conducteur de ce roman.

" Mon colt, c'est le seul cadeau qu'il m'ait fait ! Juste avant sa mort, comme s'il avait voulu s'en débarrasser. Ce n'était pas son genre de faire un cadeau à sa fille. A quoi pouvait-il penser en me le donnant ? ".

Elle réussira à atteindre l'état de Santarie, mais sera livrée à elle-même, confrontée à de multiples péripéties, traquée, victime et devra survivre malgré tout, avec son statut de réfugiée sans papiers.

" Je ne suis pas partie pour me perdre, mais pour me sauver ".

Mais elle fera aussi de nombreuses rencontres, tantôt bonnes, tantôt mauvaises, telles que Emy Spencer, femme de lettres, Manou, avec son camion pizza et son accordéon, Mme Anna, propriétaire d'un pavillon, rue des Saules, Guido Rizi qui sera son protecteur durant un moment, Nina Pratz et les occupants de l'Arche de Noé.

Ensuite cela m'a réconciliée avec les " petits " livres, moi qui, jusqu'à maintenant, n'était attirée que par les " gros pavés " comme je les appelais. Cela m'a permis de me rendre compte qu'un livre de seulement 112 pages, comme l'est celui de Marie Redonnet, peut être tellement dense, renfermer des propos tellement forts, des réflexions si profondes sur la politique et la société, sur la dure vie des réfugiés, sur la place de la femme dans un monde en conflit et qui a choisi la liberté plutôt que la dictature.

J'ai découvert un auteur qui a l'art de nous offrir, avec une écriture poétique et sensible, un texte à la fois simple et puissant, avec de multiples résonances. Elle a le don de faire passer des messages très forts par l'intermédiaire d'une belle petite fable en nous donnant presque l'impression d'être au théâtre.

En conclusion, un roman rare, sur la métamorphose et la renaissance d'une femme par son voyage initiatique lors de son exil et que je conseille vraiment.

 

© Danielle Pavani

 

L’avis de Laure de Micmelo :

 

La femme au colt 45 est un petit livre percutant, un savoureux mélange des genres qui emporte le lecteur dans un monde futuriste, aux accents apocalyptiques et terriblement contemporains.

La narratrice, c’est Lola, une cinquantenaire seule et excentrique, qui porte un manteau de fausse fourrure et un colt 45, dernier héritage de son père. Cette héroïne courageuse et clandestine, qui doit traverser un monde à feu et à sang, étonne tout de suite par son originalité et accroche le lecteur. L’originalité ira bien plus loin.

Dès le départ, la lecture déboussole par son procédé narratif. La construction est bien plus proche de la pièce de théâtre que du roman, avec une succession de textes aux accents de didascalies, suivis par une pensée intimiste, un dialogue solitaire, un monologue. Pourtant, Marie Redonnet réussit à merveille, grâce à l’originalité de la structure, à donner un rythme envoûtant à ce texte, qu’il devient quasiment impossible de lâcher. Le lecteur plonge alors dans une sorte de fable, un conte contemporain, devient un témoin et un confident direct de Lola, qui semble s’adresser directement à lui, le prenant entièrement à partie.

S’ajoute un texte concis et bref, déboussolant également car assez brusque, distant et froid d’une part, mais avec également des phrases souvent empreintes d’une grande poésie d’autre part. Les questions politiques et sociales qui surgissent de la situation clandestine de Lola vont toucher le lecteur avec surprise, car toute émotion et tout pathos est évacué du texte, et c’est probablement la raison pour laquelle cette émotion surgit de manière subtile et étonne d’autant plus.

Ce livre dramatique est une succession de surprises et d’étonnements. Il bouscule totalement les habitudes de lecture. Ce mélange de finesse et de brutalité, de souffle chaud puis froid, ce petit ovni a été un réel enchantement littéraire.

 

© Laure de Micmelo

Pour aller plus loin :

Livres

Auteurs

Commentaires

Où trouver « La femme au colt 45 » en librairie ?

Service proposé en partenariat avec Place des Libraires

Les dernières discussions

Il n'y a pas encore de discussion sur cet article
Soyez le premier à en lancer une !

Lancez une discussion

Pour lancer une discussion, vous devez être connecté...
Vous n'avez pas encore de compte ? Rendez-vous ici et laissez-vous guider !