[Chronique] #47 Club des Explorateurs : Muriel et Oliver ont lu La renverse de Olivier Adam

lundi 04 avril 2016

[Chronique] #47 Club des Explorateurs : Muriel et Oliver ont lu La renverse de Olivier  Adam

Le Club des Explorateurs permet chaque semaine à deux lecteurs de lire en avant-première un même titre que nous avons sélectionné pour eux et de confronter ainsi leur point de vue.

Cette semaine, Muriel et Olivier, nos deux explorateurs, ont lu La renverse  de Olivier Adam  (Flammarion)

 

 

L’avis de Muriel Thorel :

Antoine, un homme blessé vit solitaire en Bretagne, sans parvenir à s’attacher ni à s’impliquer vraiment dans quoi que ce soit.

Il est comme suspendu, en attente. L’annonce de la mort d’un homme politique en vue lui  font revivre  les évènements qu’il a vécus il y a dix ans et font remonter à la surface le scandale qui a fait exploser sa famille et sa vie.  

Ce livre dénonce l’impunité dans le milieu politique,  les sombres magouilles du pouvoir. Mais je trouve que ce n’est pas tellement l’essentiel  du  livre.

J’ai aimé "La renverse" pour la finesse sans complaisance avec laquelle l’auteur décrit l’univers étriqué de cette vie de banlieue,  ces parents sans amour et maladivement attachés aux convenances et aux apparences,  la souffrance et le mal-être des adolescents que sont Antoine et son frère Camille. Beaucoup de choses sont évoquées, beaucoup de questions sont posées, sans que l’histoire apporte forcément de réponses. A-t-il eu raison de fuir ? Peut-on être un étranger dans sa propre famille? Que valent les liens familiaux ?

C’est ce que j’ai aimé dans ce livre, il n’y pas de certitudes mais des doutes, des ressentis, des impressions justes ou pas, une souffrance justifiée ou pas, de l’espoir mais pas de happy end.  Parce que pour moi, un roman c’est souvent justement ça, pas un livre de recettes du bonheur, mais un reflet de la vie.

Mais ce que j’ai surtout aimé, c’est le style  d’Olivier Adam, très simple et qui devient presque une écriture poétique dès qu’il décrit la nature et en particulier la mer. Il y a de très beaux passages.

© Muriel

L’avis d’Olivier Bihl :

Nouvel opus de cet auteur prolifique et dont la couleur des écrits mi mélancolique – mi dramatique de nos quotidiens ne me laisse jamais indifférent. C’est à l’exploration d’une nouvelle chronique familiale que nous plonge cette fois Olivier Adam. On le sait, les secrets ou les non-dits au sein de nos familles, sont pour lui source d’inspiration et de descriptions d’une société en crise morale. A la lecture de ce livre, on ne peut rester insensible aux rappels d’affaires politiques et sexuelles récentes dans lesquelles, Olivier Adam n’a pas manqué de s’inspirer même si heureusement, cela reste en bordure de ce récit. Récit de vie donc pour Antoine, le principal personnage du roman, en rupture de famille et minimaliste dans ses liens sociaux, pour des raisons que l’on découvrira au fur et à mesure de ces 266 pages. A priori, exclu du monde volontaire, Antoine passe son temps entre un emploi de plus ou moins permanent dans une librairie dans une ville en bord de mer (Saint Malo ?) et une relation plus ou moins amoureuse vécue en pointillé lorsque surgit l’évènement (toujours celui qui bouleverse la donne dans de nombreux romans d’Adam) ; la mort d’un homme politique, Jean François Laborde, plus ou moins en vogue et ayant été au cœur d’une affaire de viol très surmédiatisée. Ces circonstances posées, Antoine va, à l’annonce de ce qui pourrait semblait être un fait divers (mort accidentelle d’un ancien élu) se retrouver plongé dans son adolescence et ce qui fut l’origine de l’explosion de son noyau familial et à sa rupture avec ses parents, son ancienne petite amie et son frère. En touches sensibles et de plus en plus précises, Olivier Adam va explorer les sentiments et les réactions d’une famille, à priori classique, lorsqu’un de ses membre (la mère) est impliquée dans une histoire sordide car maitresse et complice supposée de Jean François Laborde. Une famille, jusque-là très grise où la fratrie n’est pas des plus choyée, où le quotidien et le délitement des sentiments sont monnaie courantes. Une mère au foyer, ex mannequin, convertie à la politique, probablement désenchantée et dépourvue de véritables sentiments maternels et conjugaux, un père, le plus souvent au travail, deux adolescents dont Antoine est l’aîné et le moins sensible, un portrait bien commun d’une certaine société middle-class dans une banlieue plus ou moins dorée de Paris….. Lorsque l’affaire des viols éclatent, c’est un coup de tonnerre extraordinaire dans cette petite société et chacun le gère étonnamment ; les frères semblent les plus touchés, entre un père qui ne les autorise en aucun cas à y croire ni à évoquer ce qu’il veut continuer à croire comme mensonger. Antoine, le narrateur, en révolte, va trouver refuge chez les parents d’un copain de collège, opposant un rejet pur et simple de son père et de sa mère, se rapprochant paradoxalement de la fille de Jean François Laborde, pour associer une douleur et une haine à leur parent. Camille, son frère, lui subit avec beaucoup de mal les propos de ces camarades de collège, sans réels amis ni complicité fraternel qui pourraient le soutenir, prend la fuite pour aller vivre chez son oncle, loin de la maison. On l’imagine, à travers ces parcours, une certaine quête de la vérité, le talent d’Olivier Adam, avec une plume précise et concise, poursuit son diagnostic et parcours littéraire sur une société de solitudes, mixant amoralité et indifférence comme des spécificités des fratries ou des relations amoureuses. Une enquête précise se dessine alors, celle du narrateur pour comprendre son mal-être, ses ruptures et la part de vérité la plus complète sur l’importance réelle ou supposée de son parcours solitaire et se voulant sans attache…. Replis sur soi, incertitude quant à la vérité de l’affaire, retour ou non dans la ville de son enfance aux obsèques de Laborde pour affronter ses fantômes, renouer ou non avec son frère et son ex-amie…. Toutes les hypothèses s’offrent au lecteur avec le même plaisir teinté d’une certaine amertume d’une société peu avenante et compréhensive, trop soumise à l’importance des faits divers et un voyeurisme malsain. Beauté des portraits, parfois inachevés ou juste ébauchés, des paysages et diagnostic sans faille…

© Olivier Bihl

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