Cap sur les récits de voyage : du monde aux mots

lundi 16 juillet 2012

Planète livres

Cap sur les récits de voyage : du monde aux mots

A travers les siècles, les récits de voyage ont façonné notre perception du monde. A l’heure où la mondialisation raccourcit les distances et rapproche les hommes, que reste-t-il de cette littérature ? A-t-elle toujours le vent en poupe ? Vers quels nouveaux horizons navigue-t-elle ? Eléments de réponses.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
« Une minute, je vous passe la mer… » A l’autre bout du fil, l’océan bruit dans le combiné-coquillage. Catherine Domain nous répond depuis le seuil d’Ulysse, sa « librairie de voyage », installée l’été à Hendaye, sur la plage : un havre ouvert « selon la météo ». Il y a quarante-et-un ans, cette inépuisable globe-trotteuse, petite-fille d’un navigateur et d’un vendeur de bouquins, ouvrait la première librairie de voyages au monde. Dans son antre de l’île Saint-Louis, à Paris, refuge pour lecteurs férus d’explorations, les trésors se côtoient. Ici, plus de 20 000 ouvrages ouverts sur d’infinis horizons dialoguent à travers les siècles dans un joyeux capharnaüm : la littérature de voyage et ses récits se portent bien.
 
De L’Iliade et L’Odyssée, premières pierres du genre, si l’on en croit François Moureau, directeur du Centre de recherche sur la littérature des voyages (CRLV) à La Sorbonne, aux « journaux de bord » des navigateurs (Marco Polo, Colomb, Lapérouse…), des rapports scientifiques de Darwin aux études ethnologiques de Lévi-Strauss, des écrivains des XIXe et XXe siècles (Chateaubriand, Hugo, Stendhal, Loti, Hemingway, Flaubert, Cendrars, Michaud, Gide…) aux grands reporters (Londres, Kessel…), des poètes de la route (London, Kerouac...) jusqu’au « flâneur planétaire » Nicolas Bouvier, la littérature de voyage et ses ouvrages – réels ou fantasmés – n’ont cessé de façonner l’imaginaire collectif, d’épouser les courbes de l’Histoire, des grandes explorations tissées d’exotisme jusqu’à la conscience de l’ « autre » et des enjeux planétaires (écologiques, humanitaires…) du XXIe siècle.
 
Et aujourd’hui ? Le monde à portée de main et la démocratisation des voyages ne détruisent-ils pas la part de rêve de leurs récits ? Y a-t-il encore une place pour cette littérature au long cours ? « Plus que jamais », s’exclame Lucie Milledrogues, programmatrice au festival Les Etonnants Voyageurs de Saint-Malo. Ainsi, les maisons d’édition et collections (Transboréal, Payot, Hoëbeke, Chandeigne…) ainsi que les nombreux prix (Pierre-Loti, Etonnants-Voyageurs…) témoignent d’une popularité croissante du style, dans une sorte d’émulation réciproque entre voyages et lecture de ces mêmes périples. Pourtant, « en 1650, la seule narration d’un voyage au Brésil suffisait. Aujourd’hui, tout le monde est allé partout. Du coup, prime par-dessus tout l’acuité d’un regard original », explique Lionel Bedin, fondateur du site internet www.ecrivains-voyageurs.net, de la maison d’édition Livres du Monde et auteur d’Un livre dans le sac à dos, une compilation de 70 chroniques de récits de voyage (éd. Livres du Monde). La pertinence d’un œil nouveau jeté sur le réel, ce monde réenchanté qui surpasse toute fiction pour forger l’œuvre d’un éternel retour…
 
Nul besoin, alors, de partir à mille lieues pour devenir écrivain-voyageur. Le seuil suffit parfois (Ethnologie de la porte, Pascal Dibie, éd. Métailié, à paraître en août 2012), comme le fantasme de contrées rêvées (Comment parler des lieux où l’on n’a pas été ? Pierre Bayard, éd. Minuit) ou le constat d’un néant (Le Plaisir le plus triste, Moritz Thomsen, éd. Phébus). Dans le périple narratif, il y a alors la force de ce « je », le prisme d’une personnalité,  mais retranchée derrière les événements, l’actualité, la culture de peuples rencontrés, comme l’expliquent dans l’ouvrage collectif Voyageuses (éd. Livres du Monde) douze écrivaines… Comptent surtout l’exigence littéraire et l’universalité, selon Lucie Milledrogues, l’expérience vive et les connaissances rapportées…
 
Autant d’ingrédients si fortement présents chez les chantres actuels du genre : Sylvain Tesson (Dans les forêts de Sibérie, éd. Gallimard), Paolo Rumiz (L’Ombre d’Hannibal, éd. Hoëbeke,) ou encore Colin Thubron. Sur les milliers de pages, murmurent alors tous les voyages. A Hendaye, parfois, la marée survient… et les livres prennent la mer.
 
 
 

© Joel Carillet / IStockphoto

 

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