Alger sans Mozart de Canési et Rahmani

lundi 14 mai 2012

Concerto pour une voix

Alger sans Mozart de Canési et Rahmani

 

Troisième roman à quatre mains de Canési et Rahmani, Alger sans Mozart, raconte la vie de Louise, personnage central de ce roman choral, pivot de cette évocation de l’Algérie.
Femme indépendante durant la colonisation, elle choisit de rester à Alger, au grand dam de sa famille pied-noir et d’épouser Kader, futur représentant de la nomenklatura algérienne.
 
 
 
 
 
 
Devenu un pays libre, c’est elle qui se sentira prise au piège d’un destin qu’elle n’aura pas choisi. « Je n’ai jamais été au bon endroit au bon moment, je n’ai pas su capter mon époque ». Aussi, avec aigreur et amertume, elle élabore sans cesse un parallèle cinglant entre ce qu’elle est devenue, sa décrépitude physique et la situation de l’Algérie d’aujourd’hui. Son neveu, Marc, cinéaste parisien célèbre, las de ses jérémiades constate plus objectivement en arrivant à Alger: « C’est loin des visions apocalyptiques de Louise. Les balcons sont envahis de linge, les paraboles défigurent l’architecture mais je ne découvre pas une ville au bord de l’effondrement ».
 
Sans concession, nous assistons à la peinture d’un pays déchiré qui n’a pas fini de se chercher mais pleine d’espoir Louise exprime « Pourtant, la libéralisation qui avait suivi les émeutes de 1988 avait suscité un immense espoir….Le vent de mai soixante-huit soufflait sur Alger, les idées foisonnaient….. ». 
Désabusée, en référence permanente à son passé flamboyant, c’est pourtant en se prenant d’affection pour Sofiane, un jeune voisin, à qui elle prend plaisir à transmettre sa culture, qu’elle percevra en lui l’espoir d’un avenir meilleur « Je dois passer le témoin invisible à Sofiane parce que l’Algérie, c’était moi, parce que l’Algérie ce sera lui ».
 
Par ailleurs, Marc, cinéaste adulé mais ayant des choses à prouver, entreprend de raconter dans un long métrage, la vie de sa tante Louise à son insu mais avec un désir de lui rendre hommage. Ce film, Nord d’Afrique, sera un succès.
 
Dans une volonté symbolique de renouer des liens malmenés par l’Histoire où les repères identitaires en ont pris un coup, Canesi et Rahmani tissent un récit construit comme un scénario où les références cinématographiques sont très présentes, faisant même dire à Louise « Au lycée, on me surnommait Rita Hayworth ».
Ce retour permanent passé/présent, assez schizophrène, cette évocation sensuelle des parfums, de l’éclatante lumière méditerranéenne, de la beauté de la ville d’Alger ne sont que des témoignages d’une affection criante de sincérité pour lesquels une petite musique de nuit était indispensable …
 
Alger sans Mozart, Canési et Rahmani, Naïve, (2012)
 
Hassina Mimoune
 

Pour aller plus loin :

Livres

Où trouver « Alger sans Mozart » en librairie ?

Service proposé en partenariat avec Place des Libraires

Les dernières discussions

Il n'y a pas encore de discussion sur cet article
Soyez le premier à en lancer une !

Afficher plus de discussions

Lancez une discussion

Pour lancer une discussion, vous devez être connecté...
Vous n'avez pas encore de compte ? Rendez-vous ici et laissez-vous guider !