Accros au vampirisme

mercredi 02 février 2011

Les héros ont la dent dure

Accros au vampirisme

Le constat est là, depuis quelques années, à présent, les vampires ont envahit les rayonnages de nos bibliothèques.
Outre, le succès du roman posthume inachevé de Thierry Jonquet, Vampires, sorti en janvier 2011, et qui avait témoigné de l'engouement du public pour le genre; on ne peut ignorer la saga Twilight de Stephenie Meyer, vendue à plus de 100 millions d'exemplaires dans le monde, dont 4,6 millions dans l'hexagone. 

Depuis, d'autres ont pris la relève comme Amanda Hocking avec son phénoménal "De mon sang". D'ailleurs, l'édition numérique leur ouvre grand leurs ailes, pour faire émerger des personnages sentimentaux évoluant la plupart du temps dans des sagas qui nourrissent  un public fidèle, visiblement mordu, et constitué d'un milieu interlope qui revendique l'adjectif !

Une fascination qui traverse les siècles et qui visiblement retrouve perpétuellement un sang neuf !

 

 
Dès l'Antiquité, des légendes se transmettent mettant en scène des morts vivants revenus de l'au-delà pour se repaître du sang des vivants. Mais c'est en 1810 que John Stagg, poète romantique anglais, compose une ballade de 152 vers intitulée The Vampire, donnant le coup d'envoi d'une production qui conquiert un public toujours plus large.
Ainsi, en 1819, John Polidori, considéré comme le précurseur du genre, écrit une longue nouvelle The vampyre qui inspirera Bram Stocker pour son Dracula (1897), devenu l'incarnation emblématique du vampirisme. À telle enseigne que l'arrière-petit neveu de Bram Stoker, Dacre Stoker et Ian Holt, historien et membre de la Société transylvanienne de Dracula ont coécrit cent douze ans plus tard, la suite des aventures du plus célèbres des vampires, Dracula l'immortel, paru en 2009, inspiré de notes de Bram Stoker lui-même. 
Mais au fil du temps, s'observe une évolution du profil psychologique du vampire. Alors qu'à l'instar de Dracula, les premiers vampires étaient cruels et monstrueux, les nouvelles générations de suceurs de sang s'adoucissent, s'humanisent et connaissent les affres de la mélancolie.
Dès 1976, Anne Rice, dans son Entretien avec un vampire, devenu culte, change la vision du phénomène et donne naissance au "néo-vampire". Cette œuvre gothico-fantastique met en scène un vampire classique, Lestat; mais aussi Louis, premier vampire émotif qui refuse de se voir en créature de Satan et surtout Claudia, premier enfant-vampire. Signalons que le personnage de Claudia fut inspiré à Anne Rice par sa propre fille Michèle, morte quatre ans plus tôt, à l'âge de six ans, d'une leucémie… une maladie du sang.
Plus d'un siècle plus tard les vampires fascinent encore et toujours et gagnent la littérature jeunesse en 2005, avec le succès planétaire de Twilight (Fascination, Tentation, Hésitation, Révélation partie 1, Révélation partie 2).
Comment expliquer cet engouement pour ces mauvais garçons suceurs de sang ?
Jean Marigny, professeur de littérature anglaise et américaine de l'Université Stendhal à Grenoble et spécialiste des vampires explique :"Dans les périodes de crise économiques ou politiques, les gens ont tendance à exorciser leurs craintes en se réfugiant dans l'imaginaire, soit pour trouver des boucs émissaires, soit pour oublier le monde dans lequel ils vivent.".
Le vampire, personnage fantastique, incarne le paradoxe de la vie et de la mort dans le même corps. Il réveille nos peurs séculaires en liant l'amour à la mort et en laissant s'exprimer la part d'animalité de l'homme.
Jean Marigny expliquait dans une interview au site Maison-hantée.com en 2001, " La littérature vampirique a tour à tour reflété le courant xénophobe de l'avant-guerre (peur des Allemands et des Russes), l'anticommunisme de la Guerre froide, puis plus récemment, le rejet de la société de consommation et des valeurs traditionnelles, la peur du Sida, de la drogue, de la violence urbaine, de la pollution industrielle, etc (…) Le vampire représente à la fois symboliquement la peur de la mort et le désir d'immortalité, la sexualité libérée et la peur du Sida, la domination d'autrui et la libération totale par rapport aux règles existantes. Il incarne donc toutes nos contradictions et c'est à ce titre qu'il nous fascine." .
Ils vibrent au rythme de leurs romances avec de jeunes et charmantes jeunes filles, vivant presque normalement au milieu des humains et se nourrissant de sang… d'animaux dans la saga du désir interdit (Twilight).
Dans le roman posthume de Thierry Jonquet, Vampires (2011), le vampirisme devient même comique, avec une famille de vampires qui vit au milieu des hommes, en plein quartier Belleville. Fantastique et réalisme se télescopent dans ce chef d'œuvre d'humour noir… car les vampires de 2011 font sourire et rire. 
Au fil des ans, le vampire a les canines moins sanguinolentes et nous ressemble de plus en plus. Les clés d'un succès qui risquent de détourner les vrais amateurs de cocktails d'hémoglobine et d'objets apotropaïques mais constatons que c'est un genre littéraire qui ne craint pas la lumière !
 
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