"2084, la Fin du monde" de Boualem Sansal (Gallimard)

mardi 25 août 2015

"2084" : Big Brother au nom d’Yölah

"2084, la Fin du monde" de Boualem Sansal (Gallimard)

 

En janvier, Boualem Sansal montait en première ligne pour dénoncer les dérives islamistes après les attentats contre Charlie Hebdo.

Avec « 2084 », sous-titré malicieusement « La Fin du monde », l’auteur algérien va encore plus loin en se glissant dans la peau de George Orwell, dans un roman où le totalitarisme islamiste a remplacé les dystopies staliniennes…

 

 

 

Totalitarisme religieux

En Abistan, l’immense empire indéterminé que décrit Boualem Sansal dans « 2084 », « la vraie foi est dans l’abandon et la soumission, Yölah est omnipotent et Abi est le gardien infaillible du troupeau ». Dans ce pays qui évoque tour à tour l’Iran de Khomeiny, l’Irak de Saddam Hussein et les territoires contrôlés par l’Etat Islamique, le peuple vit d’une seule voix, celle d’Abi le prophète du dieu Yölah (un dieu tellement orgueilleux qu’il faut le prier près de neuf fois par jour), dans un système de domination et de surveillance quasi infaillible, géré par la terrible administration des « Archives, des Livres sacrés et des Mémoires saintes ».

Seule manière de s’en sortir ? Adopter l’attitude formidablement passive de Kao, principal ami du personnage central Ati : « Il savait tout, pouvait plus, maîtrisait l’art de dire aux gens exactement ce qu’ils désiraient entendre et tous adoraient sa compagnie. » Au milieu des loups, mieux vaut ne pas commencer à bêler : les mauvais croyants sont d’ailleurs châtiés en place publique, pour l’exemple…

 

S’affranchir de la tyrannie

Mais comme dans tout roman dystopique, il faut une remise en cause de l’ordre établi : Ati ne peut se résoudre à absorber toute la propagande absurde d’un régime qui multiplie les injonctions absurdes – de « La mort c’est la vie », très franquiste, au très orwellien « le mensonge, c’est la vérité ». Ati entend justement parler d’une frange rebelle de la population, cachée derrière une mystérieuse « frontière », ne se pliant pas aux règles extravagantes de l’Abistan. Un idéal de liberté de religion et de pensée qui sert de fil rouge au récit cauchemardesque de Boualem Sansal.

 

Une fable courageuse

S’il remplace le totalitarisme d’inspiration stalinienne par l’intégrisme islamiste absolu dans « 2084 » (malicieusement sous-titré « la Fin du monde »), Boualem Sansal s’inscrit évidemment dans le sillage de George Orwell, qu’il cite notamment dans un « avertissement » teinté d’ironie. « Le lecteur se gardera de penser que cette histoire est vraie ou qu’elle emprunte à une quelconque réalité connue. […] Tout comme le monde de Big Brother imaginé par maître Orwell […] n’existait pas en son temps. »

Et l’écrivain algérien de conclure en préambule de cette farce terrifiante : « Dormez tranquilles, bonne gens, tout est faux et le reste est sous contrôle. »

Cette ironie mordante, que l’auteur distille tout au long du roman, s’avère encore plus efficace pour dénoncer son objet que les minutieuses descriptions de ce monde totalitaire « pas si lointain » et contribue encore plus à la force du roman.Comme une évidence pour Boualem Sansal, qui vit toujours en Algérie, mais ne se prive jamais de délivrer ses commentaires critiques contre le régime ou les fanatiques religieux, à ses risques et périls.

 

Damien Cenis

 

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